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_KRIKORIAN

 

 

Mon pays, tes crocs pourris et jaunes

m’entrent déjà dans la gorge.

Serre encore ou relâche-moi ! J’en ai assez de me débattre,

Pareille au papillon fixé par une aiguille.

 

Mon pays, champ de tir,

Tu es une aire de cirque et moi je suis ta cible.

Face à mes yeux ouverts ton arme vise mon cou,

Mon doigt sur la gâchette.

 

Au rythme du phénix tout pareil à un spot,

je meurs-je ressuscite, moi ton locataire,

tantôt chair à canon sous le drapeau,

tantôt sangsue abouchée sur ta veine.

 

Mule je suis qui porte sans discussion

Les restes chers de ton passé rouillé.

Et mon corps unique part en lambeaux.

Et la seule vie que j’ai tu ne l’épargnes pas.

 

À quoi bon marchander si je n’ai rien à vendre ?

Et dans la main de ta balance ma vie n’est d’aucun poids.

Et mon unique vie je l’ai donnée jusqu’à la perdre.

Pourtant je te pardonne, toi mon pays unique.

Violette KRIKORIAN

 

 


(RE)PENSER L’EXIL N°5 > POÈME SANS TITRE, IN QUE CET HIVER EST RUDE!, Violette KRIKORIAN

Exil, Création Philosophique et Politique
Repenser l'Exil dans la Citoyenneté Contemporaine

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