APPEL POUR UNE POLITIQUE MIGRATOIRE PLUS OUVERTE ET CONFORME AUX DROITS FONDAMENTAUX

Anne‐Catherine MENETREY-SAVARY, ancienne Conseillère nationale, Parlement suisse

Depuis des années, les défenseurs de l’asile et des droits des migrants sont confrontés aux durcissements successifs des lois suisses et européennes. Depuis que les nouvelles lois sur l’asile et les étrangers (LAsi, LEtr), acceptées en votation populaire, sont entrées en vigueur, la situation s’est encore aggravée avec les «non entrée en matière» (NEM), l’aide minimale d’urgence pour tous les déboutés de l’asile, la rétention administrative et les renvois forcés, les obstacles au regroupement familial et à la régularisation des Sans papiers, l’interdiction de se marier pour celles et ceux qui n’ont pas d’autorisation de séjour, etc.

Les organisations actives sur le terrain, de même qu’une partie importante de la population sensible au sort des exilés n’en peuvent plus de devoir plier l’échine face à des pratiques qu’ils jugent souvent injustes, arbitraires, hâtives, voire inhumaines. C’est dans ce contexte que s’est imposé le besoin de lancer un mouvement en faveur d’une autre politique migratoire et de passer de la position défensive à la proposition constructive. Au départ, les Verts vaudois ont élaboré un projet d’initiative fédérale, une idée évoquée à plusieurs reprises lors des rencontres nationales, notamment des états généraux de l’asile et de la migration. Cette idée a cependant été abandonnée au vu de l’impossibilité actuelle d’obtenir une majorité en votation populaire. En revanche, cet appel devrait permettre à tous ceux qui considèrent que la migration est un phénomène appelé à se poursuivre et contre lequel on ne peut pas lutter en se barricadant, à ceux qui estiment surtout que les migrants constituent un apport et un enrichissement plutôt qu’une menace, de faire entendre une voix qui tranche avec celle de la peur, du rejet de l’autre ou de la haine.

Les points principaux contenus dans ce texte concernent :

  1. La garantie des droits humains tels que le droit au mariage et à la vie de famille, le droit à la formation, le droit à la mobilité personnelle et professionnelle
  2. L’extension de l’accueil des réfugiés par la reconnaissance des motifs d’exil liés aux violences interethniques, aux violences envers les femmes, aux catastrophes naturelles et aux changements climatiques
  3. L’assouplissement des statuts et des catégories de permis afin que les migrantes et les migrants qui vivent en Suisse, qui y travaillent ou qui sont autonomes financièrement, requérants d’asile déboutés ou clandestins, puissent obtenir une autorisation de séjour
  4. Une politique d’intégration concernant aussi bien les Suisses que les étrangers et visant une véritable égalité des chances dans l’emploi, la formation, le logement, par des mesures inscrites dans des lois ordinaires, conformes au droit suisse, et applicables aussi bien aux Suissesses et aux Suisses qu’aux étrangers et étrangères

Nous souhaitons que cet appel soit diffusé et signé largement, au‐delà des partis politiques et des institutions spécialisées dans la migration, de manière à accorder enfin la visibilité qu’elles méritent à toutes les actions de la société civile, à tous ses engagements généreux, à tous ses efforts inlassables, à toutes ses indignations attristées devant l’injuste sort de ceux qui demandent protection chez nous. A travers cet appel, il s’agit de créer un mouvement fort, capable de porter des réformes positives, sans angélisme, mais avec une lucidité acquise grâce à une longue expérience du terrain. Il s’agit également de contribuer à redonner à la Suisse son image de pays ouvert, tolérant, assumant sa vocation humanitaire en tant que dépositaire des conventions de Genève, et tant que signataires des conventions pour les droits humains. Plus encore que l’image, c’est la mise en oeuvre de ces droits qui importe, de même que la marche en avant vers la ratification de nouveaux droits, tels ceux contenus dans la convention internationale relative à la protection des droits de tous les travailleurs migrants et des membres de leur famille (CTM) que la Suisse n’a pas encore signée.

Exil, Création Philosophique et Politique
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