UN VIAJE LARGO – UN LONG VOYAGE

Andrés PEREZ B, Maria-Andréa PEREZ GONZALES, Maria Idalides G, Fundauraba Global Suisse – Colombie, texte collectif

1. UN VIAJE LARGO

Un viaje largo que nunca creí, conocer
Un viaje largo que nunca quise, hacer
Un viaje largo que conocí y que tuve que hacer
Un viaje largo que fue, trágico
Un viaje largo que fue con miedo y terror
Un viaje largo que fue, dramático
Un viaje largo o viaje de sobrevivientes de la UP –1
Un viaje largo que fue con esperanza y tristezas
Un viaje largo y difícil
Un viaje largo que hicimos
Un viaje largo con violencia
Un viaje largo y con humillaciones
Un viaje largo solamente para salvar su vida
Un viaje largo saltando de un continente a otro
Un viaje largo con una ilusión
Un viaje largo con el choqué de culturas
Un viaje largo de Chigorodó – Urabá a Ginebra – Suiza
Un viaje largo con movimientos, etapas, escenas y casos
Un viaje largo que comenzó en 1995 y aun no termina
Un viaje largo que representa hoy más de 14 años de exilio forzado
Un viaje largo que comenzó con migo, Corazón-Dulce en el vientre de mi madre
Un viaje largo sin el calor humano colombiano de mi tierra natal
Un viaje largo que a un no termina para la familia de Mariflor del Bosque
Un viaje largo haciendo, reconstruyendo y rehaciendo lo que ya había hecho
Finalmente un viaje largo de la memoria, que quedara en la historia del pueblo de Urabá

Maria-Andréa Pérez González 
Poema a Mariflor del Bosque 

2. LE CAS DE MARIFLOR DEL BOSQUE: L’EXIL

UN PARADOXE DE L’INTÉGRATION, DE L’ACCUEIL INTERCULTUREL ET DE L’APPLICATION DE LA LOI

Dans la discussion et la réflexion pour comprendre l’interculturalité, il faut également prendre en compte l’approche juridique: l’asile, le droit, la nationalité, les quotas, la victimisation, les zones d’attente, etc. A la page 30 du récit de la vie de Mariflor, elle crée son propre emploi au milieu de la précarité comme femme réfugiée.

Mais suite à une décision d’un Juge sous l’argument d’une faillite personnel de son mari dérivée de son assurance de santé individuelle, le haut tribunal de justice a fermé sa boutique, source de travail, de manière indéfinie.

Les fonctionnaires qui ont diligenté la liquidation de son association étaient obligés d’accomplir leur devoir de fidélité à l’Etat.

Ce coup de force disproportionné de la justice a eu, pour cette famille, comme conséquences la sensation d’injustice, la perte du travail, l’obligation de recourir à l’assistance publique, de graves problèmes de santé et des ruptures familiales imprévisibles.

Dans ces cas exceptionnels l’urgence, une médiation s’impose qui doit intégrer le dialogue interculturel; mais les assistants sociaux et le haut tribunal n’ont pas tenu compte de la condition de victimisation de la personne réfugiée. Il n’y a pas eu de recherche pour vérifier les causes défavorables aux personnes imputées.

Les relations interculturelles dans des cas similaires à celui-ci sont une priorité fondamentale pour éviter des malentendus et pour rechercher un accord entre les secteurs les plus vulnérables de la société et l’administration, afin de parvenir à une solution adéquate au problème rencontré.

Le problème de l’exclusion et l’absence de dialogue d’une part, et d’autre part, la méconnaissance du fonctionnement de la justice comme de son application, peuvent causer de graves difficultés aux familles et aux personnes vulnérables. (Voir la recherche de Marie-Claire Caloz-Tschopp et A.Pérez –2)

LES ASPECTS FONDAMENTAUX DE L’ÉTAT COLOMBIEN –3

La Colombie est située au Nord-est de l’Amérique du Sud, baignée par deux océans: l’Atlantique au Nord et le Pacifique au Sud; elle a des frontières avec le Brésil, l’Equateur, le Panamá, le Pérou et le Venezuela.

C’est un pays aux conditions géographiques, ethniques et culturelles variées et distinctes. Son territoire, d’une superficie de 1.141.748 kilomètres carrés, est divisé en entités administratives distinctes : départements, districts, municipalités et territoires indigènes. La municipalité est l’unité fondamentale de la division politique et administrative de l’État. Actuellement, on compte 32 départements et 1102 municipalités.

Selon les résultats du DANE –4 de 2005, la population totale du pays est d’environ 44,5 millions d’habitants résidant en permanence sur le territoire ; ce qui signifie que c’est le pays le plus peuplé d’Amérique Latine après le Brésil et le Mexique et le vingt-huitième pays du monde. Sa population est divisée ainsi : 51,2 % de femmes et 48,8 % d’hommes ; 75 % de ses habitants se trouvent concentrés dans les zones urbaines, tandis que seulement 25 % résident dans les zones rurales. Majoritairement c’est une population métissée, seulement 10,5 % se reconnaissent des racines noires, mulâtresses, afro-colombiennes, ou descendantes d’Africains ou de nègres affranchis. 3,4 % est indigènes autochtones et environ 0,1 % est d’origine rom.

La langue officielle est l’espagnol avec des caractéristiques dialectales et régionales. Mais le pays dispose également de la grande richesse linguistique des communautés indigènes qui compte soixante quatre langues, appartenant à vingt deux peuples indigènes, qui constituent les langues officiels au sein des territoires où elles sont en vigueur. Les communautés d’origine de San Andrés appartiennent à la culture afro-anglo-antillaise et utilisent l’anglais comme langue officielle et le créole régional comme langue quotidienne. Dans la région caribe continentale colombienne, la population de San Basile de Palenque parle une autre langue créole afro- colombienne, le « palenquero ». Les groupes Rom ou gitans parlent leur propre langue, le rom. Les langues et dialectes ont également cours dans leurs territoires.

La Constitution politique de 1991 consacre la liberté de culte, qui confère à tout personne le droit de pratiquer librement sa religion, de la diffuser personnellement ou collectivement, en accord avec le registre public des entités religieuses. Actuellement, on compte en Colombie environ mille organisations de cette nature; cependant, la religion prépondérante est le christianisme, majoritairement de courant catholique.

Pour mon travail de mémoire sur les relations interculturelles j’ai choisi comme thème de première importance globale, la migration en Amérique Latine, plus spécifiquement le cas de la Colombie.

Pour étudier la complexité de thématique migratoire, j’ai eu recours à la pluralité des Sciences humaines dans une approche multidisciplinaire. Pour l’investigation, j’ai choisi l’autobiographie et la biographie qui me paraissent des outils fondamentaux des sciences sociales quant à l’examen des questions humaines.

Ma technique de recherche repose sur le récit de vie de cinq migrants colombiens présentant les caractéristiques suivantes: la région de Colombie, l’âge, la famille, le contexte, les motivations, les époques, la formation, les convictions et les moyens employés.

La Colombie est un pays qui, depuis le 9 avril 1948, date de l’assassinat du leader libéral Jorge Eliécer Gaitan, est secoué par un conflit social et armé qui a déjà coûté le vie à plusieurs milliers de personnes. Ce conflit est la conséquence de la spoliation de terres de nombreux paysans, d’une énorme inégalité sociale, de l’absence d’une véritable démocratie et de la violation des droits de l’homme –5. Actuellement, en accord avec le DANE –6 (données de 2006), le nombre de colombiens et Colombiennes vivant hors des frontières nationales est estimé à 3.337.479 ; ces personnes ayant émigré pour différentes raisons et motifs. A l’intérieur du pays, selon des données officielles (RUPD –7), on compte actuellement 2.577.402 déplacés internes; certaines organisations non gouvernementales (ONG) avancent le chiffre énorme de 4.361.355 (CODHES–8). Aujourd’hui, les conséquences de la mondialisation touchent également la réalité colombienne où des hommes, des femmes et des enfants sont dans l’obligation de prendre le chemin incertain de la migration vers d’autres pays de la planète. Dans ces pays d’accueil, ils sont confrontés aux chocs interculturels, transformés en main d’œuvre non qualifiée sous-payée et ils n’ont que très peu de chance de pouvoir exercer une profession gratifiante.

Rastros y Rostros de Uraba– Colombia (La Modernité et la Mondialisation de la Misère)

3. RÉCIT DE VIE de MARIFLOR DEL BOSQUE MARZAN 1995 – 2009 –9

UN VOYAGE FORCÉ VERTS L’EXIL

Etapes, scènes et cas
Contexte, histoire, mémoire

Question: Pensiez-vous, une fois dans votre vie, arriver à Genève en tant que réfugiée politique?

Mariflor respire profondément, lève son visage et ferme les yeux pour retenir ses larmes et, de plus profond de son âme, me répond: «Non monsieur».

Question: Comment s’est déroulé votre voyage jusqu’à Genève?

Mariflor: Ce fut par la force du destin, parce que jamais je pensais venir en Suisse, jamais cette idée m’étais venue à l’esprit. C’était impensable qu’une enfant de paysan puisse se faire de telles illusions. Jamais je n’ai pensé parler une autre langue telle que le français ou l’anglais, quand je les étudiais pour passer le baccalauréat. Pensant qu’elles seraient inutiles pour moi, je ne m’y intéressais pas, parce que je n’avais jamais imaginé que je devrais quitter mon pays c’était réservé aux riches ou aux grands politiques, mais pas aux pauvres comme moi.

Je viens de la région d’Urabá –10, zone agroindustrielle de Colombie, à six cent quarante kilomètres de Bogotá, la Capitale du pays. C’est une région très éprouvée par la violence. Mon mari militait au mouvement politique de gauche socialiste, l’Union patriotique, qui a été anéanti par les «seigneurs de la banalisation du mal». J’étais directrice de l’Institut du bienêtre familial de la ville de Chigorodó et mon mari était fonctionnaire public pour ce parti. A cause de cette violence, mon mari a été emprisonné suite une opération militaire et judiciaire.

Qu’avez-vous ressentie quand votre mari a été emprisonné?

J’ai eu très peur. Je pensais qu’ils pouvaient le faire disparaître, ou l’assassiner, qu’ils emprisonneraient le reste de la famille ou qu’ils nous feraient disparaître tous. Je vivais dans une angoisse permanente. Habitant un quartier un peu éloigné du centre ville, je devais dormir avec des gardes pour veiller sur la maison et la famille. Depuis la prison, à huit heures du matin, mon mari m’a téléphoné pour me dire: «Amour, prends mes affaires, ils sont déjà venus pour moi». J’ai senti que le monde me tombait dessus, je suis sortie en courant vers la mairie qui était encerclée de tanks, de militaires et de civils, de gens inconnus; c’était une ambiance tendue, triste et chaotique.

Comment vous êtes-vous enfuie de Chigorodó?

Ce fut tragique. Nous avions si peur que nous ne voulions pas que les gens connaissent notre projet de départ, car si les «seigneurs de la banalisation du mal» l’apprenaient, ils nous auraient assassinés de crainte que nous les dénoncions et que nous informions de leurs atrocités. J’étais prisonnière de ma propre peur et du climat de violence. J’ai quitté mon emploi et j’ai décidé d’aller à Medellín où je pouvais aider mon mari détenu à la prison de Bellavista. C’est douloureux d’expliquer tout cela après quatorze années, cinq mois et onze jours d’exil forcé. Je suis en Suisse et je sais qu’en Colombie la violence persiste de façon systématique.

Premier mouvement marqué la violence extrême de la part des seigneurs de la guerre

Colombie: Urabá, Chigorodó – Medellín, vers Montéria
Première étape: de Chigorodó à Apartadó

J’étais assise sur mon lit de chêne, dans ma chambre, au deuxième étage de la maison, située quartier Kennedy à Chigorodó. En regardant les amandiers par la fenêtre, dont les rideaux étaient ouverts, et en écoutant le bruit des enfants qui jouaient dans la rue, je me demandais comment quitter la ville de la façon la plus discrète possible. Il me vint l’idée d’envoyer les bagages à la ville d’Apartadó et de partir seule en voiture particulière, récupérer mes bagages et continuer mon voyage. Je téléphonais à ma nièce Marta de venir chez moi et lui expliquais ce que je voulais faire très vite et discrètement. Je préparais tout de suite mes valises ne prenant que l’essentiel pour survivre dans ce moment difficile. Je remis à Marta deux valises et un carton à bananes qui contenait des chaussures, et je lui dis: «Nous nous retrouverons plus tard à la gare routière d’Apartadó.» Elle fit «oui» de la tête.

Deux heures plus tard, je suis sortie accompagnée de mon frère Alfonso, un professeur connaissant bien la région pour avoir enseigné dans plusieurs villages. A Urabá, je suis allée dire au revoir à ma tante Justine et je me suis mise en marche. J’ai pris la rue principale du quartier Kennedy qui mène au centre du village, je suis passée devant la mairie, puis j’ai tourné à gauche pour passer devant la Maison de la culture située dans le vieux quartier de Chigorodó. J’ai emprunté ensuite le pont suspendu qui traverse la rivière Chigorodó, traversé la propriété Pasatiempo et, prenant à gauche je suis passée par la piste de l’aéroport et monté l’avenue principale qui conduit à la ville d’Apartadó. A cet endroit une voiture privée m’attendait qui m’emmena jusqu’à Apartadó.

En résumé, avant de partir de Chigorodó, quel fut l’évènement le plus dramatique que vous avez connu quand votre mari était emprisonné ?

Je reviens en arrière pour expliquer ces moments dramatiques. Je me souviens que lorsque je suis montée au deuxième étage de la mairie où se trouvait le bureau de mon mari, des militaires et des civils de la police politique avaient déjà investi la pièce ; le personnel administratif pleurait. J’ai pris son cartable sur sa table mais quand j’ai voulu sortir je fus arrêtée par un agent secret en civil qui fouilla minutieusement le cartable. Une secrétaire me dit qu’ils l’avaient emmené, menottes aux mains, au nouveau commandement de la police. J’y suis allée et j’ai vu mon mari, serein et tranquille, je lui dis «au revoir». En retournant à la maison, je pensais aux paradoxes de la vie : une semaine avant, c’était lui, le fonctionnaire public, qui avait remis ce nouveau commissariat à la police et aujourd’hui, il en était le premier prisonnier.

J’ai été épouvantée quand j’ai vu de loin notre maison entourée de militaires, policiers et personnels des services secrets. Quelques-uns encordés, escaladaient les murs, car la maison était fermée. En entrant, j’ai vu des policiers en civil casser les armoires pour dérober des objets personnels ; ils emportèrent des vidéos de réunions publiques de l’administration, des albums photos, des dessins personnels, les manuscrits d’une nouvelle et de contes sur Urabá que mon mari avait écrits depuis qu’il était tout jeune. J’ai supplié l’agent de me les laisser en disant que ces manuscrits avaient une valeur inestimable pour la mémoire et la culture de notre village; je l’ai imploré en pleurant.

Mais ils ont tout emporté, manuscrits et dessins. J’ai senti qu’ils me détruisaient, qu’ils effaçaient notre mémoire et notre histoire. Ces évènements me firent comprendre qu’ils n’étaient pas là seulement pour emprisonner mon mari pour des raisons politiques, mais aussi pour détruire notre culture, nos symboles, nos sons et tout le matériel didactique d’étude.

Il faut ajouter qu’à ce drame, j’avais perdu avant un bébé à quatre mois de grossesse à cause de la violence extrême, des pressions et des menaces de mort qu’utilisaient les «seigneurs de la banalisation du mal» dont la passion était de détruire tout ceux qui n’obéissaient à leurs plans et leurs buts.

Deuxième étape: d’Apartadó à Turbo 

Ma nièce m’attendait à Apartadó avec mes bagages. De là j’ai pris un taxi jusqu’à Turbo. En sortant d’Apartado, le taxi est passé par le pont de Rio Grande qui va à l’embarcadère de Nueva Colonia, d’où sont exportées les bananes d’Urabá. Puis il a continué par Currulao par un petit chemin longeant la route qui mène au pont Nueva Antioquia. Passant par Coldesa, ancienne propriété de palme africaine, le taxi a roulé jusqu’à Turbo où m’attendaient Marta et son mari Luis. J’ai dormi chez eux cette nuit-là et je suis partie dès le matin pour la ville d’Arboletes.

Troisième étape: de Turbo, à Arboletes

Le matin, chez ma cousine Marta, avant de partir, j’ai déjeuné de gâteaux de maïs, d’œufs de poule créole et d’une tasse de chocolat pur cacao de la région. Marta et son mari m’accompagnèrent à la gare routière où je suis montée dans un bus de la compagnie Gómez Hernandez qui partait pour Arboletes.

Durant le voyage, j’avais de la peine en passant par des lieux, des chemins, des propriétés et des villages détruits par la guerre, des maisons brûlées. On voyait des inscriptions évoquant la terreur de la guerre ou par endroits, des drapeaux blancs en signes de paix. En voyant tout cela j’ai ressenti une immense solitude.

Je me souviens que nous sommes passés par le hameau d’El Totumo qui était, en temps de paix, un site touristique au bord de mer ; plusieurs maisons étaient brûlées. Nous sommes passés par Caiman Nuevo, lieu sacré des ancêtres indigènes Senues où, auparavant, ils venaient acheter les produits nécessaires à leurs rituels; maintenant, il était impossible même de descendre du bus.

Ensuite, nous sommes passés par le village de Necocli sous un soleil lumineux qui contrastait avec la désolation du lieu. L’autobus G. Hernandez passa sans s’arrêter dans un nuage de poussière, donnant juste quelques coups d’avertisseur.

Après le lieu-dit El Mellito, en passant à la Changas, on ne voyait que des maisons brûlées et des slogans peints en faveur des seigneurs de la guerre. Ensuite, à la Trinidad, la Candelaria, los Cajones, les visages des habitants trahissaient une grande tristesse et leurs maisons détruites aux murs brûlés reflétaient la tragédie de la terreur de la guerre.

En passant par la piste de la Atoyosa, un petit hameau sur la droite, j’ai vu l’école primaire où mon frère Rufino était instituteur. Puis par la côte qui va au hameau du Carmelo, de loin j’ai aperçu la propriété de mes parents, lieu symbolique pour moi où j’ai passé toute mon enfance auprès de mes parents et de mes frères. On aurait dit que les arbres, le ciel et la terre me connaissaient et, à mesure que le bus avançait, je sentais que les arbres me disaient au revoir en bougeant leurs feuilles. J’ai ressenti une profonde douleur à cet instant, comme si on m’arrachait l’âme.

L’autobus a poursuivi par la piste jusqu’à San Juancito et la propriété de mon oncle Lorenzo, le seul frère de mon père encore vivant, qui souffre des séquelles de l’emprisonnement que les seigneurs de la guerre lui infligèrent. Le bus a continué sa route en klaxonnant, s’éloignant de ma terre natale, de la forêt noyée dans la poussière. Il a roulé ensuite sur la route et une heure plus tard nous étions arrivés à Arboletes. Des familiers m’ont reçue et mon oncle Lorenzo qui était présent m’a demandé : «Comment as-tu pu faire seule ce voyage si dangereux dans cette zone envahie par les seigneurs de la guerre?»

Quatrième étape: d’Arboletes à Montería 

Le jour suivant à cinq heures de l’après-midi, ma famille m’a accompagnée à la gare routière où je suis montée dans le bus en partance pour Montería. De là, j’irai jusqu’à Medellín qui était ma destination finale. L’UAZ –11 était bondé de passagers qui voyageaient de nuit pour Medellín. En sortant de mon village natal, le bus est passé sur le pont du quartier San Isidro, ensuite par le volcan de boue d’Arboletes lequel, avant, était un village touristique. Le bus a continué par le port El Rey, ancien port des contrebandiers qui, dans les années soixante-dix, a été la base d’une compagnie étrangère, la Petisa, qui étudiait le volcan et prospectait le pétrole de la zone.

Une heure après, à la limite de Cordoba et Montéría, en passant le petit village Los Cordobas, nous avons été arrêtés par une troupe de militaires qui ont fait descendre tous les passagers et sont montés dans le bus. Ils ont appelé les gens, un à un, en leur demandant d’ouvrir les bagages. Un policier me demanda ce que j’avais dans mes valises. J’ai eu peur qu’il découvre les manuscrits et les dessins que j’avais pu sauver des mains des «seigneurs de la banalisation du mal» à Chigorodó. Puis ils nous laissèrent remonter dans le bus et continuer notre voyage, passant sur le pont suspendu au dessus de la rivière Sinu, près de Cordoba. A dix-huit heures nous arrivions enfin à Monteria.

Cinquième étape: de Montería à Medellín

Je suis partie de la gare routière de Montería, à sept heures du soir en direction de Medellín par un bus express Brasilia, plein de passagers. Pendant la nuit du voyage, je pensais à ce que m’avais dit mon mari: «Les choses vont vite s’arranger, mon amour». Ce souvenir me donnait la force d’espérer que nous pourrions retourner chez nous à Chigorodó, en Urabá. Le bus a continué sa route dans le silence de la nuit, passant par les bucoliques montagnes d’Antioquia pour parvenir enfin à Medellín dont les lumières laissaient penser que la ville ne dormait jamais.

Nous sommes arrivés à destination à huit heures du matin. Je suis allée seule, avec mes bagages (une valise bleue et une noire ainsi que la carton à bananes). Mais je me sentais accompagnée par mon ange gardien, l’âme de ma mère et Dieu ; une bonne compagnie spirituelle qui m’a toujours protégée lors de situations difficiles et jamais ne m’a abandonnée.

Deuxième mouvement marqué par la prison, les pressions et les menaces

Sixième étape: de Medellín à Bogota puis Pasto et Ipiales

En sortant de la gare routière de Medellín, je me suis dirigée vers le quartier Laureles, où j’avais un logement provisoire pour des raisons de sécurité et parce que je pensais également que mon mari serait vite libéré, puis je suis allée vivre dans le quartier Castilla où j’ai accueilli mon mari quand il a été libéré. Plus tard, nous avons loué un appartement dans le quartier Calazas, que nous n’avons pas gardé pour des raisons économiques.

Les visites à la prison de Bellavista –12 étaient réglées de la façon suivante: le samedi pour les hommes, le dimanche pour les femmes et une fois par mois pour les enfants. C’était très pénible d’aller. Pour voir mon mari, je partais de chez moi à huit heures du soir le samedi, je faisais la queue toute la nuit pour entrer le dimanche à dix heures du matin en passant cinq contrôles différents qui me tamponnaient le bras. J’ai senti le froid, la peur, la pluie toute la nuit en attendant le jour pour enfin pourvoir entrer et voir mon mari. Une fois, je lui apporté des fruits mais le policier a refusé de me laisser entrer avec et j’ai les jetés. Il m’a alors obligée à les ramasser, me menaçant de m’interdire des visites pendant un mois, si je ne le faisais pas. Humiliée par cet homme, j’ai ramassée les fruits devant la foule indifférente. J’ai vu aussi comment on tuait des personnes dans les files d’attente ; j’ai vu comment la police recevait de l’argent et laisser entrer en premier ceux qui en donnait le plus. J’ai vu comment les policiers renvoyaient des femmes qui avaient attendu toute la nuit. J’ai vu comment d’autres vendaient leur place dans la file pour visiter leurs détenus. J’ai tout vu, tout ce qu’il y a de pervers contre la dignité humaine, j’ai senti comment ils me mirent un doigt dans le vagin pour vérifier si je n’apportais pas des armes ou de la drogue à mon mari.

L’ordre de libération de mon mari arriva à la prison à quatre heures de l’après-midi pour la sortie prévue à dix heures du matin du jour suivant. Mais en fait, il n’est sorti qu’à huit heures du soir parce que les autorités tardèrent dans l’exécution de l’ordre, prolongeant ainsi notre angoisse. Il était très dangereux de sortir de prison de nuit, le risque d’être assassiné étant très important. Je suis donc venue le chercher accompagnée de plusieurs amis et nous sommes allés chez Lirio Gordon Garcés qui vivait dans le quartier Castilla. Mais deux jours plus tard, nous avons reçu des menaces de mort par téléphone ; on disait que nous étions repérés, que nous ne pouvions plus retourner à Urabá, notre terre natale. Aujourd’hui, après plus de quatorze ans d’exil, nous ne pouvons toujours pas retourner dans notre pays.

Très vite, nous sommes partis pour Bogota, mon mari et moi, pour demander une protection et des garanties pour sa vie auprès d’organisations de défense des droits d’homme, mais celles-ci nous ont conseillé de quitter la Colombie compte tenu des graves menaces reçues depuis Urabá. Mon mari a été forcé de partir clandestinement pour protéger sa vie.

Moi, je suis retournée à Medellín où j’ai de nouveau rencontré notre fils Herneys caché dans un lieu secret, entre Urabá et Cordoba. Grâce à l’autorisation écrite que m’avait envoyée son père qui était alors en exil à Quito (Equateur) ainsi qu’à l’action d’amis proches qui m’ont aidée à accomplir les démarches officielles, j’ai pu le faire sortir avec moi de Colombie.

Troisième mouvement marqué par l’incertitude, la douleur et la protection

Septième étape: arrivée en Equateur, frontière sur le pont Rumi-Chaca, Tulcan et Quito 

Mon mari avait eu le courage de venir, depuis Quito, nous attendre, notre fils et moi, à la frontière entre l’Equateur et la Colombie, au pont Rumi-Chaca. Quand il nous a vu, il a crié: «Je suis là!» C’était comme une renaissance; nous ne nous étions pas revus depuis un mois et demi, notre émotion était grande, un moment inoubliable. Nous avons couru l’un vers l’autre sur le pont, nous nous sommes embrassés, formant l’étoile symétrique de Carlos, nous sautions en nous tenant par la main, nous nous regardions et nous embrassions sur les joues, soulagés.

Mais à Quito, nous avons reçu par les médias, des nouvelles tragiques et douloureuses de l’extermination de nombre de nos amis très chers.

Nous étions aussi dans l’incertitude sur la possibilité de pouvoir poursuivre notre voyage jusqu’en Suisse. Nous subissions des menaces et la rigueur de la clandestinité, nous apprenions la disparition forcée de certains amis réfugiés.

Nous avons été chassés par les propriétaires du logement que nous occupions et contraints de vivre sans domicile fixe. Cependant, nous avons connu la joie de la naissance de Maria-Andréa, comme une promesse de vie et d’espoir.

Quatrième mouvement marqué par les rêves et l’illusion d’un avenir meilleur: «être libre en Suisse», vu de l’extérieur et de l’intérieur.

Huitième étape: de Quito à Genève en passant par Saint Domingue et Madrid

En lisant les livres traitant de l’histoire de la Suisse, ce pays nous apparaissait comme un paradis où tout serait meilleur.

Nous entendions des langues différentes, nous voyions des costumes différents, une architecture différente et des paysages différents, tout était découverte pour nous.

Cinquième mouvement marqué par le choque culturel et la violence invisible 

Nous pensions que quelqu’un viendrait nous accueillir à l’aéroport, c’était une illusion.

Nous pensions que serions accueillis dans une de ces maisons que nous avions aperçues de l’avion. Mais nous avons été logés dans un asile pour exilés qui ressemblait à une prison et où les familles étaient séparées comme au temps du nazisme.

Nous pensions que nous aurions tout de suite une vie digne, un travail digne, comme nous avions avant dans notre pays. Mais nous avons été confrontés au difficile choc culturel, à l’impuissance, à l’infantilisme, aux emplois précaires, à la destruction familiale. Il nous a fallu une douzaine d’années pour nous adapter et commencer à comprendre cette société.

Réflexions sur les étapes à Genève 

Durant cette époque, nous avons été confrontés à presque toutes les situations paradoxales. Des forces invisibles, directement ou indirectement, m’empêchaient d’être quelqu’un, d’être digne, comme si elles cherchaient à m’effacer, gâchant ainsi les meilleurs moments de ma vie. J’ai vécu dans la précarité, mais j’ai résisté grâce à ma conscience ; comprenant maintenant le fonctionnement de certaines choses et quelques règles de la vie suisse, j’ai compris le point de vue de Darwin sur la sélection naturelle, tout en conservant ma spiritualité intérieure.

J’ai vécu ici pendant plus de douze ans, sans pouvoir voter ni être élue, j’ai perdu mes droits civils et politiques, sans droits, marginalisée, infantilisée, pour ainsi dire être un objet jetable. J’ai survécu toutes ces années par ces emplois précaires. Situation paradoxale de concepts incertains et d’idéaux tels que: l’accueil, l’intégration, l’assistance, les emplois polyvalents et précaires, l’affrontement, l’instrumentalisation du pouvoir, la résistance, la conscience, la mémoire, l’histoire, l’absence de défense, la destruction, la banalisation du mal, la précarisation, le racisme, l’hypocrisie, la disparition institutionnelle, l’injustice sociale, la survie …

Sixième mouvement marqué par des scènes de vie à Genève du sept novembre 1995 au sept novembre 2009: quatorze années d’exil loin de mon pays 

Venant de Quito, nous sommes arrivés à 14h30 à l’aéroport international de Genève par un avion de la compagnie Iberia, avec escale à Madrid. J’étais accompagnée de mon fils âgé de quatorze ans et de mon mari. J’étais également enceinte de trois mois de ma fille Maria-Andrea.

Première étape: de l’aéroport au 48 rue de Bernes quartier du Pâquis 

Quand l’avion a atterri à Genève puis que s’est ouverte la porte de sortie, j’étais heureuse mais également très triste d’être si loin de ma terre natale.

Je me dirigeais vers le poste de contrôle de migration, me laissant guidée par les autres passagers qui connaissaient le chemin vers la sortie; il y avait un immense tapis roulant qui menait en quelques mètres vers le poste de contrôle.

Tous les passagers sortirent sauf nous; nous avons dû attendre plus d’une heure que la police nous autorise à sortir.

Nous avons ensuite passé la douane puis marché jusqu’au point de rencontre dans le hall de sortie; là nous nous sommes assis en attendant qu’une personne d’Amnesty International vienne nous chercher; mais personne n’est venu.

J’ai changé de l’argent pour pouvoir téléphoner à un numéro que nous avait donné un ami cinq mois auparavant à Bogotá, nous disant que nous pouvions faire appel à lui en cas de problèmes.

Nous avons prix un taxi, il y avait du soleil mais il faisait froid. Les arbres, dont les feuilles tombaient, avaient différentes couleurs, ils étaient comme brûlés, je ne comprenais pas pourquoi ils mouraient debout dans l’indifférence des gens; je ne pouvais pas demander puisque je ne parlais pas français. Plus tard j’ai compris que c’était toujours comme cela en automne. Je voyais des immeubles neufs et propres au dessus desquels volaient des mouettes sans qu’on voit la mer, à laquelle mes yeux et mon esprit étaient habitués. Les gens étaient vêtus différemment, parlaient une autre langue.

2ème étape: du 48 rue de Berne au CERA –13 à Carouge (GE) 

Monsieur Alirio nous conduisit dans son auto au CERA; c’était la deuxième fois que nous montions dans une voiture depuis notre arrivée à Genève.

Les autorités de l’institution nous ont enregistrés, nous ont pris nos papiers d’identité et nous ont remis une feuille où était inscrite notre nouvelle identité, ainsi que les horaires d’entrée et de sortie du foyer.

Nous sommes restés accrochés aux grilles comme des prisonniers, sous le regard perplexe de notre premier ami, en le regardant repartir en voiture.

Nous sommes montés au quatrième étage; là, les familles étaient séparées: les femmes et les enfants d’un côté, les hommes de l’autre. Cela me fit penser au nazisme, ce fut très pénible car c’était la première fois que cela nous arrivait.

Le lever se faisait à cinq heures du matin, puis on passait aux toilettes et on allait déjeuner; j’ai entendu des langues différentes, j’ai vu des visages étrangers, des vêtements différents; tout cela représentait un drame pour moi.

La santé, les vaccins et les examens successifs étaient aussi une nouveauté car ils n’existaient pas dans mon pays.

Les premières paroles qui prirent un sens pour moi ont été: entretien, bonjour, manger, transférer.

J’ai vu et entendu des réfugiés de la guerre de Bosnie, sous des tentes devant le bâtiment.

Puis j’ai connu l’aide et la solidarité, entre autres, celles d’Elisa.

Troisième étape: du CERA à l’AGECAS –14 48 rue de Lausanne 

Pour la première fois depuis notre arrivée à Genève, nous retrouvons l’assistante sociale de l’AGECAS.

Nous avons seulement compris que notre transfert pour le 48 rue de Lausanne aurait lieu le lendemain à 5 heures du matin; nous ne savions pas où nous allions.

Nous étions seuls en arrivant à l’aéroport. Mais ici, on nous a donné un ticket pour aller à Genève sans nous expliquer comment, ni la direction. C’était la première fois que je montais dans un train et compte tenu des conditions sociologiques où je me trouvais, j’avais des difficulté à comprendre le contexte ; j’avais peur de me tromper d’endroit.

A Genève, j’étais terrorisée par la gare Cornavin, je ne savais si j’étais arrivée ; une personne a dit : «Ici c’est Genève»; alors je suis descendue du train.

J’ai pris un taxi pour me rendre au 48 de la rue de Lausanne, qui est situé à environ trois cents mètres de la gare; pour cette course, le chauffeur m’a demandé vingt dollars !

Quatrième étape: de l’AGECAS au foyer de Tates à Vernier (GE) 

Je rencontrais une deuxième assistante sociale de l’AGECAS de Genève.

On me donna une pièce pour dormir; je devais partager la cuisine avec d’autres réfugiés de nationalités différentes.

J’ai commencé des études du français avec la méthode des couleurs.

Je suis allée au CSP –15 chercher des vêtements pour me protéger du froid.

Depuis Berne, j’ai reçu la confirmation de mon statut de réfugiée politique.

Puis j’ai pu rencontrer une troisième assistante sociale de l’EPER –16 et j’ai commencé à chercher un logement.

Nous avons pu également participer aux activités de solidarité avec la Colombie, aux Nations Unies à Genève.

Cinquième étape: du foyer de Tâtes au 52 avenue de l’Air 

L’EPER nous a donné notre premier appartement à Genève ainsi quelques meubles.

Nous avons poursuivi notre solidarité transversale pour la cause colombienne.

Nous avons ouvert notre premier compte à la COOP, une banque suisse.

Il y a eu des évènements importants comme la naissance de Maria-Andrea et l’entrée au collège d’Herneys.

Nous avons continué notre apprentissage du français et commencé à avoir des contacts avec d’autres familles et institutions.

Nous nous sommes mariés à Genève et nous avons bénéficié de l’assurance santé de concordat.

Nous avons commencé à travailler et à faire des projets de vie à court et long terme.

Sixième étape: du 52 avenue de l’Air au 29 rue de Chêne Bougeries (GE) 

Nous avons reçu l’assistance de Caritas.

Nous avons changé d’appartement après la naissance de Maria-Andrea.

Nous avons poursuivi nos activités de solidarité pour des prisonniers politiques d’Urabá.

Nous avons bénéficié de l’assistance de santé générale.

Henrys s’est marié et a quitté le foyer familial.

Nous avons des projets de formation professionnelle.

Nous avons reçu la visite de familiers venus de Colombie: José Guillermo et Rosiris.

Nous avons occupé différents emplois précaires pour survivre et nous intégrer.

Maria-Andrea est rentrée à l’école et a obtenu la nationalité helvétique.

Nous avons créé et nous animons le projet Urabá – Global.

Septième étape: l’intégration par des emplois précaires

Ci-dessous, j’ai résumé synthétiquement les emplois précaires non qualifiés que j’ai occupé dans le but de m’intégrer à vie sociale suisse. Successivement, j’ai été:

  • Pâtissière à la Cafétéria Traiteur «le Monde chez vous»
  • Technicienne de nettoyage à l’hôtel Hilton
  • Aide cuisinière à la Cafétéria Traiteur «le Monde chez vous»
  • Apprentie et ouvrière à la Pâtisserie confiserie Paganel
  • Caissière, pâtissière et vendeuse à la Cafétéria Traiteur «le Monde chez vous»
  • Technicienne de nettoyage dans les bureaux de la banque Pictet
  • Ouvrière chargée du nettoyage des pièces chez Rolex SA, à Chêne-Bougeries
  • Technicienne de nettoyage à la Banque Coutts
  • J’ai créé l’espace publique de discussion et d’actions pour l’interculturalité «Tearoom de rencontre interculturelle» et mon propre emploi. J’étais la gérante du projet.

4. LE CAS DE LA CREATION D’UN ESPACE PUBLIC INTERCULTUREL 

L’idée d’un espace Interculturel s’est formé en 1998 lorsque j’ai rejoint l’association de réfugié «le Monde chez vous» (service traiteur) financé pas l’EPER – Entraide Protestante de Genève pour l’intégration des réfugiés.

Je fabriquais des pâtisseries et apéritifs à la maison et le service traiteur les livrait à domicile.

En 1999 «le Monde chez vous» a trouvé un local à la cafétéria à l’IUED – Institut Universitaire de Développement aux Pâquis.

Cet espace public et social m’a permis de connaître et de rencontrer d’autre cultures et personnalités très connues, comme Jean-Pierre Gontar, entre autres, sensibles à la problématique des violations des droits humains de la Colombie.

Dans ce contexte, j’ai pu faire un travail de sensibilisation de la situation des conflits sociaux et armés que vit la Colombie, cause principale des déplacements et de migration de notre communauté, aujourd’hui devenue permanente en Suisse et se trouvant dans un processus d’intégration.

En plus de mon travail, je fais des études à l’Uni de Genève dans le programme PPAH – Programme Plurifacultaire d’Action Sociale et Humanitaire. Celles-ci m’ont appris à connaître les Institutions et le tissu Social de Genève.

De ce fait, je trouvais indispensable de créer un espace qui nous permettrait d’être plus concrets dans l’aide et la solidarité avec les victimes de la violence en Colombie. À partir de ma propre expérience en tant qu’habitante de Genève, mère de famille et femme réfugiée, et malgré la précarité et la discrimination, j’ai construit un chemin qui aboutit à la réalité d’un projet «La Rencontre» pour la construction d’une nouvelle vie dans la dignité des femmes réfugiées.
(www.Forum1203.ch, Portrait N°1) 

A cause d’un retard à payer la somme de 220 francs suisse de l’assurance santé personnelle, de mon époux le tribunal de Genève a ordonné la saisie et la confiscation de tous les biens (y compris la correspondance privée) ainsi que la fermeture de notre source de revenus qu’était l’espace public d’intégration et de rencontres interculturelles que nous avons créé et qui regroupait trois associations.

Ainsi a été détruit ce lieu de rencontres, d’échange et de travail collectif par une décision disproportionnée de la justice genevoise.
J’ai connu le chômage puis les emplois temporaires :

  • Aide en cuisine à la Maison de Bessy EMS
  • Technicienne de nettoyage dans les bureaux de WETCII
  • Vendeuse à la pâtisserie Rucktuhl

Puis nous avons mis en pratique notre concept de la transversalité et nos idéaux par :
Création et lancement du projet «Association Economie Solidaire Global»
De caractère multidisciplinaire pour le développement et la coopération Nord / Sud
Perfectionnement professionnel à l’Université de Genève (HEC) –17, Diplôme de gestion et management pour les OSBL –18

BIBLIOGRAPHIE ET TEXTES DE RÉFÉRENCE

«Le devoir de la fidélité à l’État entre servitude, liberté, (in)Égalité» ; in Regards Croisés; L’Harmattan 2004 – pages; 49 à 48, 271 à 289 et 421 à 434.

«Contraintes, Dilemmes, positions des travailleurs du service public» ; in Entretiens ; L’Harmattan ; 2004 – pages : 6, 7, 8, 9 , 26 , 36, 306, 307, 309, 320, 362 et Annexe.

«Parole, pensée, Violence dans l’État» ; in Une démarche de recherche ; L’Harmattan ; 2004 – Pages : 31,169, 421 à 549 ; 552 à 618 ; 619 à 639 et 663 à 672.

Mémoire d’Andrés Pérez Berrio en Relation Interculturelles Dessins – Écrit des Identités Narratives de Cinque Récits de vie de la migration en Colombie. Université de Genève – Suisse 2008 – 2009.

Dessin – Écrit : Voyage forcé vers l’exil

POURQUOI ANDRÈS DESSINE-T-IL?

Fragment Dessin Ecriture n°5

Je suis né à Urabá, Colombie, terre des indigènes Cunas, Emberas, Katios et Senues, ainsi que d’un mélange de migrants et de générations d’esclaves africains.

Voyager d’un continent à l’autre, pour de multiples causes générées par la mondialisation déshumanisée. Mon œuvre dessinée et écrite est l’histoire et l’évolution d’une pensée qui passe d’une génération a l’autre dans le temps et dans l’espace.  »Un jour, j’était arbre, un autre jour, eau, particules et puis plus tard, ce qu’aujourd’hui nous nommons humain ».

Mes dessins-écriture sont des particules d’une pensée en expansion ; aujourd’hui nous sommes une chose, mais avec le temps et l’espace, de génération en génération, demain nous seront autre. Puis nous pouvons être le point même de départ soit de l’expansion soit de la réconciliation.

Mais cette forme de penser et de réfléchir sur les questions humaines, pour la paix et la démocratie durant son court chemin historique a rencontré bien des difficultés pour survivre dans le temps et dans l’espace.

En 1987, durant mon retour à Urabá, en Colombie, à partir du Venezuela avec plus de deux cents lettre et plus de millier de dessins, la majorité de ces documents originaux écrits quand j’avais que vingt et un ans furent brûlée et détruits par la XVIIème brigade de l’armée colombienne, aidée par la préfecture. Ils voyaient dans mes œuvres la révolution qui pourrait attendre à leur très étroite démocratie. A partir de ce moment, a commencé le débat sur la suivie de mon œuvre de dessins écriture, entre extinction et disparition d’une pensée et de sa résistance pour sa durée dans le temps et dans l’espace. Mes dessin ont été effacés, brûlés, et ont disparus au cours des divers épisodes que j’ai connus à cause du climat d’extrême violence en Colombie. Mais les un ou deux qui ont survécus sont particules qui permettent de reproduire et faire évoluer la résistance face à l’extermination afin que soit préserver la mémoire.

Le dépôt officiel de la thèse de mémoire à l’Université de Genève (Suisse), avec le dessin écriture, constitue pour moi l’officialisation et la reconnaissance d’un nouveau discours méthodologique et théorique sur la pensée. C’est une avancée significative dans la liberté académique et la solidarité quoi essaie d’approfondir une nouvelle recherche sur la problématique humaine et le langage.

Je pense que dans la conjoncture c’est aussi un barrage à la menace permanente d’une guerre de destruction massive sans précédent contre l’humanité.

Mon œuvre de dessin-écriture, témoignage, autobiographie et réflexion, exprime un appel à la prise de conscience pour la paix et la réconciliation entre les hommes, femmes et enfants de la planète Terre ainsi que la possibilité de rêver à un mode plus juste.

RÉFÉRENCES BIBLIOGRAPHIQUES

Mémoire d’Andrés Pérez Berrio: 30/1/2/UNIGE/2003 Une expérience vécue de la violence extrême en Urabá (Colombie), à propos de ce qui met en cause l’humain; 1987-1995; Université de Genève (Suisse) .

Ce texte est paru in Caloz-Tschopp M.C., Colère, insoumission : perspectives, Paris, L’Harmattan, 2011, p.115-135.

NOTES

1– UP: Unión Patriótica, movimiento político de izquierda en Colombia victima de un Genocidio Político Informe No. 5/97 Comisión Interamericana de los Derechos Humanos. Caso No. 11.227 12 de marzo 1997.

2– Mondialisation, migration et droits de l’homme: pour la recherche et la citoyenneté volume 1, Marie –Claire C.T. Bruylant 2007. p. 8, 13, 20, 22, 61.
«Le devoir de la fidélité à l’État entre servitude, liberté, (in)Égalité» ; in Regards Croisés ; L’Harmattan 2004 –pages; 49 à 48, 271 à 289 et 421 à 434.
Mémoire d’Andrés Pérez Berrio en Relation Interculturelles Dessins – Écrit des Identités Narratives de Cinque Récits de vie de la migration en Colombie. p. 30. Université de Genève – Suisse 2008 – 2009.

3– Rapport officiel de l’État colombien; Les droits de l’homme en Colombie, examen périodique universel, Conseil des droits de l’homme des Nations Unies, Genève, 2008.

4– DANE = Département national de la statistique de Colombie, recensement 2005.

5– Rapport de la haute Commission des Nations Unies sur les droits de l’homme (doc./CN.4/2003/13) du 24 février 2003, p. 5.

6– DNAE, 2006

7– Système unique d’enregistrement des déplacés, Présidence de la République.

8– Conseil pour les droits de l’homme et les déplacés, www.codhes.org.

9– Mémoire en Relation Interculturelles Dessin – Écrit des Identité Narratives de Cinque récit de vie de la Migration en Colombie – Université de Genève Suisse 2008 – 2009 .

10– Mémoire d’Andrés Pérez Berrio: Une expérience vécue de la violence à Urabá / UNIGE/2002.

11– UAZ = marque russe de véhicules tout-terrain datant de la deuxième guerre mondiale, encore utilisés en Colombie.

12– Prison qui à la maximum de sécurité à Medellín – Colombie.

13– CERA = centre d’enregistrement pour requérants d’asile

14– AGECAS = agence genevoise d’accueil des réfugiés

15– CSP = centre social protestant

16– EPER = centre protestant suisse pour les réfugiés

17– HEC = Section de Haute Études Commerciales

18– OSBL = organisation sans but lucratif

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