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___Edito

 

«Nous ne sommes pas en guerre
Ne nous logez pas dans des bunkers.
Stop Bunkers, we need fresh air».
Requérants d’asile en Suisse, Manifestation Genève, 28.10.2014

 

 

RÊVER, CRÉER UNE UNIVERSITÉ LIBRE

Pour inventer une politique de la «civilité», il faut remplir des conditions politiques et philosophiques – un déplacement radical – nous explique Etienne Balibar dans le livre Violence et Civilité [1] qui a été un des matériaux centraux, des activités entre l’Europe et Istanbul entre fin 2013 [2] et fin 2015. La réflexion va aussi marquer la suite du travail. L’étape d’Istanbul a succédé à une étape en 2012 à Concepcion au Chili, avec l’appui de Teresa Veloso-Bermedo, sociologue, ancienne exilée en Suisse où ont notamment été traduits en espagnol des textes importants de trois féministes matérialistes: Colette Guillaumin, Nicole-Claude Mathieu, Paola Tabet [3].

Le Programme de formation et de recherche où s’insèrent les travaux de la présente Revue Repenser l’exil no. 5 est intitulé: Exil, Création Philosophie et Politique. Philosophie et Citoyenneté contemporaine. Marie-Claire Caloz-Tschopp, directrice de Programme au CIPh en assume la direction. Elle accorde une importance primordiale à articuler la réflexion avec la «société civile», les mouvements sociaux, les réseaux alternatifs aux frontières et les lieux de travail académique. Le travail du Programme n’est pas salarié. C’est un engagement de toutes et de tous.

L’étape d’Istanbul fait partie d’un Programme de six ans (2010-2016) du Collège International de Philosophie (CIPh). C’est la quatrième étape du Programme qui développe des actions de formation et de recherche philosophique, qui se sont déjà déroulées en Suisse entre 2010 et 2012 et qui continuent sur place (Genève, Lausanne, Neuchâtel, Berne), en 2012 à Concepcion (Chili) et en 2014 à Istanbul (Turquie).

 

URGENCE, COMPLEXITÉ ET… CRÉATION POLITIQUE

Soulignons que pour publier l’ensemble des contributions (un livre, trois revues en ligne dans trois pays), nous avons dû travailler sous pression et dans l’urgence à cause à la fois de la guerre au Moyen-Orient, de la situation en Turquie, en Europe et en Suisse concernant l’accueil des réfugié.e.s du Moyen-Orient et d’autres zones en guerre. Le contenu de la partie Actualités de cette revue reflète les conditions de travail difficiles où des paroles s’expriment. Au moment où nous bouclons l’ensemble des revues, les élections se déroulent en Turquie (que se passera-t-il après des récents massacres et les encouragements du gouvernement turc à la haine à l’encontre des Kurdes? [4] Un climat d’inquiétude règne dans le Kurdistan turc, avec le fantôme d’une vieille guerre, la nouvelle guerre possible; 140 journalistes récemment licenciés, TV censurées). Un Refuge à Lausanne accueille des «cas Dublin» en refusant l’application du dispositif de Dublin de l’UE à des réfugié.e.s en recherche de protection. Dublin signifie concrètement leur renvoi forcé dans le premier pays où ils arrivent, ici la Suisse (Italie en priorité. Par ailleurs, les médias montrent des images de colonnes de réfugié.e.s cherchant un chemin possible pour arriver en Allemagne, en Angleterre, dans les pays du nord de l’Europe. C’est l’hiver et il fait froid. Des enfants, des femmes, des hommes dorment dans la boue et le froid.

Je désire aussi parler ici des conditions de jeunes travailleuses et travailleurs intellectuels, dont es jeunes philosophes que je côtoie dans ce travail au CIPh. Ils sont sous pression dans leurs lieux de travail, très souvent avec des bourses, des mandats et des CDD (contrats à durée limitée), soumis à une concurrence féroce, forcés à la mobilité sans moyens. Les femmes ont un statut doublement difficile.

Philosopher sur des questions complexes dans l’urgence en étant impliquées tout en prenant une distance critique: une pratique difficile, complexe. Elle exige à la fois de la subtilité et une capacité de résister à la violence. Il faut tenir, il faut durer, il faut imaginer des sorties. Nous apprenons à chaque pas, à chaque action dans l’incertitude. Nous nous demandons comment la philosophie pourrait rendre compte de ce qui se passe sur le terrain de nouvelles guerres.

La philosophie a-t-elle encore un sens? La politique a-t-elle encore un sens? [5] demandait aussi Hannah Arendt, après la découverte de l’extermination des Juifs, des tziganes, des homosexuels, etc. et de la «guerre totale». On assiste non seulement à une transformation, mais à une destruction des cadres politiques, des droits fondamentaux, des Droits de l’homme, des droits sociaux. On assiste à ce que Balibar évoque sous les termes de «violence extrême» et «cruauté». On assiste à des attaques de la pensée active, libre, solidaire, qui s’exerce pour comprendre la complexité du monde et imaginer qu’il peut changer. La philosophie est une activité humaine qui appartient à tout le monde. Le CIPh exige que ses activités pour être ouvertes à toutes et à tous, soient gratuites. Que chacun.e puisse s’approprier la philosophie. Même si les résistances sont nombreuses. Même si son exercice n’est pas toujours facile. Même si l’image dominante de la philosophie l’enferme dans les murs universitaires. La philosophie est un lieu, une activité (pensée active, dit encore Hannah Arendt) où la cogestion, l’autogestion peuvent s’expérimenter dans la formation, la réflexion, la recherche, comme pour d’autres activités.

Pour pouvoir se créer, s’exercer la réflexion et la connaissance philosophique (et l’ensemble des savoirs) ont besoin de ce qu’un des quatre fondateurs du Collège a déclaré au moment de sa fondation il y a 30 ans, Jacques Derrida [6]: un lieu qui soit une «Université sans condition» [7]. Il est possible de faire de la formation, de la recherche autrement. Aujourd’hui nous traduisons son désir en parlant, en agissant, en rêvant d’une Université libre, c’est-à-dire d’un espace public de réflexion, de recherche, de débat ouvert à toutes et à tous.

C’est ce que nous sommes en train de créer «hors les murs», avec des réseaux associatifs, dans le OFF comme au théâtre d’Avignon (à Diyarbakir avec l’Institut de recherche politique et sociale (DISA), à Istanbul en Turquie, en Italie, en Espagne, en Tunisie, etc. il existe de nombreux collectifs, de lieux expérimentaux de pratique de la philosophie désirée par les co-fondateurs du CIPh; il existe d’autres expériences associatives sur le terrain de la philosophie que celles du CIPh [8]). Après et avec d’autres expériences comme les Universités ouvrières au tournant du XXe siècle, les Universités populaires, les Collèges du travail, etc. et comme ce qui se passe aujourd’hui dans les Mouvements sociaux et les Réseaux, par exemple, pour ce qui est de la Suisse dans certaines Maisons de quartier, Maisons des Associations, l’Université africaine à Genève, etc..

C’est le lieu, l’espace public construit par l’expérience que nous cherchons à maintenir et qui s’invente dans les places publiques du monde. Nous désirons partager les étapes d’un processus et les résultats d’une étape expérimentale, celle autour d’Istanbul.

 

RAPPEL DE L’HYPOTHÈSE DE DÉPART,
DES ÉTAPES ANTÉRIEURES DU PROGRAMME AUTOUR DE L’EXIL/DESEXIL

Le Programme du CIPH se déroule entre la Suisse (Genève, Lausanne, Neuchâtel, Berne) et Paris dans des Séminaires et des Colloques internationaux largement ouverts et gratuits. Nous avons voulu mettre en mouvement la philosophie, en nous déplaçant pour rechercher une ouverture, une décentration, des échanges entre ce qui se passe dans le quotidien, au niveau local et ce qui se passe aux frontières de l’Europe (Turquie) et dans le monde (Chili, Colombie, Brésil par exemple). Soulignons d’emblée que le Collège a très peu de moyens, ce qui a impliqué un engagement personnel important des responsables non salarié.e.s et des participant.e.s.

Pour situer l’étape d’Istanbul dans le Programme Exil, rappelons de manière synthétique les pas de la réflexion développée dans les Séminaires et colloques qui ont précédé.

Le cadre théorique et de terrain d’expérience, de vie choisi est l’exil, mis en lien avec la création philosophique et politique, et l’examen des implications à la fois pour la philosophie et la citoyenneté. Notons qu’on ne trouve pas le mot – exil – dans les dictionnaires de philosophie [9]. Nous avons choisi de prendre la notion comme le cadre philosophique, anthropologique et politique général, pour penser la situation de la condition des humains dans l’histoire et aujourd’hui. Un tel cadre présente un double avantage : tout d’abord l’existence d’une très longue histoire, d’une tradition très riche, en toutes sortes de langues, de cultures dans l’humanité sur la planète; ensuite le choix que l’exil soit considéré non seulement comme cadre pour la pensée, mais comme condition matérielle d’existence de la vie humaine, peut être aussi un outil d’analyse, de réflexion de la situation des humains dans le monde d’aujourd’hui.

 

L’HYPOTHÈSE:
NOUS SOMMES TOUTES, TOUS DES EXILÉ.E.S AUJOURD’HUI

Au début du Programme, Rada Ivekovic, philosophe d’ex-Yougoslavie, ancienne Directrice de Programme au CIPh, a formulé une hypothèse de départ qui a été choisi comme le point d’ancrage de nos travaux: nous sommes toutes, tous des exilé.e.s dans le monde d’aujourd’hui. Beaucoup d’écrivaines, d’écrivain et aussi de minoritaires dans les rapports de pouvoir, de précaires expriment vivre en exil. En d’autres termes, l’exil ne concerne pas que les migrant.e.s ou les requérant.e.s d’asile, les étrangers, les expulsés. Travailler l’hypothèse posée par Rada Ivekovic implique au moins un triple travail de déconstruction critique que nous parcourons dans le Programme.

Tout d’abord (1), analyser l’histoire suisse, européenne, internationale de la «modernité» (les pauvres, les marginaux, les intellectuels, les déserteurs, les prostituées, les femmes seules élevant leurs enfants, les jeunes précaire, etc.) pour considérer en quoi, comment, pourquoi ils sont des exilé.e.s. L’exil sous sa forme moderne existe dans le capitalisme industriel, l’impérialisme que décrivent Karl Marx, Rosa Luxemburg; il existe déjà dans l’esclavage que décrit Frederick Douglass, ancien esclave; Toni Morrison, pour sa part, montre qu’avec le capitalisme ancré dans l’esclavage, les humains ont été désappropriés de leur corps, de leur pensée, de leur vie, de leur liberté. La question de la liberté, de la formation est devenue centrale pour F. Douglass, esclave lui-même, dans sa longue lutte contre l’esclavage. La question de l’imagination pour pouvoir penser est devenue fondamentale pour Toni Morrison. Dans un extrait vertigineux de Beloved que nous avons repris dans notre recherche, Toni Morrison montre comment les esclaves et aussi les esclavagistes sont devenus «fous» et comment s’est préparée la «guerre totale» du XXe siècle avec la civilisation du Vernichtung (néantisation), de la destruction, dont l’anéantissement dans les camps d’extermination, les fours crématoires et la bombe sur Hiroshima ont été les laboratoires.

 

REFUSER LA LOGIQUE DE LA DIFFÉRENCE

Ensuite (2), depuis un ancrage dans l’histoire et les rapports sociaux, partir de l’exil en tant que cadre général et des conditions matérielles de vie, implique de mettre en cause une caractéristique de l’idéologie dominante de nos sociétés européennes, la logique de la différence ancrée dans l’Ueberfremdung, le racisme moderne (Guillaumin) [10], l’apartheid et la logique du jetable (Ogilvie). Cibler les étrangers pour légitimer l’enfermement national, la xénophobie, la haine, le sonderfall (l’exception légitimant les privilèges), le sexisme et dévier le regard des vrais problèmes du vivre ensemble, le refus de les affronter, est devenu le mode d’application de l’idéologie de la différence pour détruire la politique et la philosophie de la généralité des droits au sens le plus radical: si chaque humain est mon égal, alors nous sommes tous égaux devant les droits.

Plutôt que de s’élever contre ceux qui attaquent la vie, les conditions matérielles d’existence, les droits, l’action, la pensée, les valeurs fondamentales de justice, de liberté, d’égalité, d’égaliberté (Balibar), du «droit d’avoir des droits» (Arendt), quand on subit l’injustice, l’exploitation, la précarisation, l’insécurité, on est alors encouragé, légitimé pour s’acharner sur des étrangers désignés comme différents, inférieurs et racisés, ce qui ouvre la porte au meurtre individuel et de masse. Les discours les disqualifient, les réduisent à des clichés. Aveuglés par ces sirènes de la propagande, 30% des votants [11] (comme en Suisse lors des dernières votations parlementaires, automne 2015) deviennent sourds. Réfléchir à l’exil depuis le point de vue de la généralité des droits, déplace le regard. Alors, le réveil peut avoir lieu. On quitte la «servitude volontaire», l’obéissance aveugle devant les «passions tristes» (Spinoza) et les faits manipulés, pour garder les pieds sur terre, exercer son esprit critique, créer le présent et l’avenir. On peut se mettre en mouvement avec ses pieds, avec sa tête. Quand on pense un fait, comme disait la sociologue Colette Guillaumin, qui travaille sur le racisme moderne et le sexisme, on change déjà un fait.

 

LA DIALECTIQUE EXIL-DESEXIL…
ET VIOLENCE ET CIVILITÉ (BALIBAR)

Finalement (3), comme cela est développé dans plusieurs textes écrits à l’occasion de Séminaires (voir exil-ciph.com) plutôt que d’entrer dans une vision nostalgique, victimaire, humanitaire de l’exil, nous travaillons à repérer, à partir du lien entre politique et philosophie, la dialectique entre exil et desexil, à, repérer, décrire, construire, les formes historiques et actuelles du DESEXIL en (re)créer un cadre politique pouvant contenir la politique et la généralité des droits et lutter contre les tentatives de leur destruction appelant à la soumission. La violence, la «violence extrême», la cruauté montre Balibar sont une réalité destructrice imprévisible. Il montre qu’elle ne s’inscrit pas dans le rapport fini-infini qui nous dépasse, mais possible-impossible qui contient la possibilité de l’action. Que pouvons-nous faire pour lui résister, pour ne pas être pris dans le cycle de la violence? L’exil, quand on peut le dialectiser avec le desexil, est ouvrir des possibilités de survivre, d’agir, de penser. C’est à la fois une réalité matérielle et une métaphore, un cadre possible pour imaginer, connaître, comprendre, réfléchir à la possibilité de continuer à sauvegarder la politique de la «civilité» et la philosophie (penser ce qui arrive).

En bref, s’intéresser à la dialectique exil-desexil, en lisant l’essai du philosophe Etienne Balibar, Violence et Civilité, comme nous l’avons fait à Istanbul et ailleurs, c’est participer à la construction d’une connaissance de la complexité en acceptant l’incertitude et d’une conscience sociale ouverte pour ne plus dénier ce qui se passe. Si «nous sommes en guerre», comme disait une femme du mouvement de Droit de rester à Lausanne, il s’agit de connaître et d’intégrer les transformations de la guerre, de la violence et la violence «extrême», la cruauté. Et lui résister.

Le XXe siècle de la «guerre totale» sans limites, de l’extermination, préparé par la Conquista, le colonialisme, l’impérialisme, la destruction, l’exploitation ou le rapport à la nature, le rapport Capital-Travail se sont transformés plus seulement par l’invention d’une «main d’œuvre de réserve» de travailleurs pour faire baisser les salaires (Marx), mais aussi par l’explosion d’une civilisation du «jetable» (Ogilvie) [12], ce implique un déplacement radical en politique et en philosophie. Car le défi du possible comme l’explique Etienne Balibar apparaît quand la possibilité de la politique et de la philosophique sont atteintes. Comme il n’est plus possible de «s’en sortir» d’une telle civilisation, explique-t-il, la situation d’urgence implique de travailler les résistances à imaginer, à voir, à analyser, à prendre en compte la nouveauté de la violence et de la cruauté dans la philosophie, d’enrichir la révolution, la citoyenneté par une politique de «civilité» ou «d’anti-violence».

 

2013-2015: INTERROGER L’EUROPE:
LE MOUVEMENT ENTRE LA SUISSE ET LA TURQUIE (ISTANBUL)

Dans le numéro 5, intitulé INVENTER UNE POLITIQUE DE LA «CIVILITE» AVEC ETIENNE BALIBAR A ISTANBUL, nous avons le plaisir de vous présenter ici une partie importante du résultat d’un processus et d’activités (réseau de lecture, colloque, débats, écriture, livres, etc.) qui se sont déroulées en Suisse et en Turquie, à Istanbul entre l’automne 2013 et le début du mois de novembre 2015 et qui ont impliqué les apports d’un réseau qui s’est enrichi, diversifié à cette nouvelle étape. Il a permis de tisser des liens par-dessus les frontières et aussi entre des régions, villes de Suisse au niveau local [13].

Comme cela est expliqué dans le petit livre de préparation d’Istanbul [14], en se déplaçant en Turquie, il s’agissait de voir autrement l’Europe. Nous avons commencé le travail par deux questions: que peut nous apprendre la Turquie à propos de la violence, de la politique et de la civilité? Quels sont les liens, les résonnances entre une situation actuelle locale, européenne, globalisée? Ces questions ont une portée locale, européenne, turque et globale. Nous avions besoin de comprendre les paroles, les silences, les gestes, l’espoir, la tristesse, l’endurance des manifestants de la place Gezi, de la place Tacksim et aussi d’autres manifestations dans le monde. Nous avions besoin de comprendre pourquoi nous avions envie d’aller les rencontrer, de les connaître, de parler avec eux. Nous avons beaucoup appris sur nous-même, sur l’Europe et aussi sur la complexité de la guerre au Moyen-Orient, sur la globalisation en observant et en lisant l’essai d’Etienne Balibar, Violence et Civilité, depuis un autre lieu que nos lieux habituels.

La revue en ligne, REPENSER L’EXIL (5 numéros parus) et le site où sont organisés les enregistrements, les matériaux, etc. sont des outils de travail créés dans le cadre du Programme. Depuis le début du Programme, l’Association Savoir Libre présidée par Omar Odermatt assure les enregistrements et la mise en lignes des Séminaires et des Colloques. Pour l’étape du Chili et d’Istanbul, Stéphanie, du studio Amulette, qui a pris en charge le concept esthétique pour tous les documents, a amélioré l’accès à la revue, en rendant l’accès direct pour chaque article dans les numéros 4 et 5. C’est un gros travail  qui est devenu indispensable au Programme. Nous tenons ici à remercier ces deux personnes et tout le réseau d’appui.

 

QUATRE PUBLICATIONS
POUR PARTAGER LES ACTES D’ISTANBUL

Précisons d’emblée le statut de la revue Repenser l’exil dans un ensemble. Pour pouvoir publier tout le monde (pas seulement les habitué.e.s académiques des colloques pris dans des débats spécialisés et aussi dans la course des publications), nous avons imaginé un dispositif favorisant, le travail collectif, la circulation des informations horizontales en réseaux sociaux dans un livre et trois revues en lignes (Paris, Genève, Florence, Paris). L’ensemble des publications s’organise ainsi:

  1. Un livre: Balibar Etienne, Caloz-Tschopp Marie-Claire, Insel Ahmet, Tosel André, Violence, civilité, révolution. Autour d’Etienne Balibar, Paris, La Dispute, 2015 (textes introductifs)
  2. Revue en Ligne Rue Descartes à Paris
  3. Revue en ligne Repenser l’exil no. 5, Genève 
  4. Revue en ligne Jura Gentium Special issue, nov. 2015, ISSN 1826-8269, Italie (Université de Florence)

Ces trois revues en ligne seront accessibles début novembre 2015.

Ces quatre publications regroupent l’ensemble des textes de conférencières et conférenciers du colloque et des membres du réseau de lecture organisé depuis Genève et qui s’est déroulé à la fois localement et internationalement.

La revue en ligne Repenser l’exil no. 5 a pu se construire grâce à un groupe de relectrices et de relecteurs substantiels qui ont travaillé sur les textes et des appuis logistiques par des personnes qui ont travaillé bénévolement. Soulignons que les auteur.e.s sont responsables de leur texte et d’erreurs formels qui auraient pu s’y glisser.

 

INDICATIONS SUR LE SOMMAIRE

Nous ne pouvons pas ici détailler l’ensemble des quatre sommaires, mais indiquons ici les choix pour le numéro 5 de la revue Repenser l’exil: travail avec des artistes, place d’un chanteur, poèmes; travail entre l’oral et l’écrit avec des auteurs qui n’étaient pas forcément toutes et habitués à la lecture philosophique et à l’écriture à partir d’un texte philosophie qui n’était pas facile à aborder; travail en groupe, écriture collective pour certains textes; édition en plusieurs langues (français espagnol, turc, italien).

Voici les grands axes de la revue Repenser l’exil no. 5 qui contient deux parties (Actes d’Istanbul et partie autour du Programme Exil en cours):

Dans la première partie, – partie centrale de ce numéro – le point 1, donne des indications pour lire Balibar (thèse d’Etienne Balibar; entretien, Pour une phénoménologie de la cruauté avec Cécile Lavergne et Pierre Sauvêtre; référence du livre d’introduction); le point 2 (textes de Marianne EBEL, Teresa Veloso Bermedo, Graziella de Coulon, Matsuba Shoichi, Zahia Moussa, Guillermo Perez et Almena Granado, Andrès Perez) regroupe des textes sur l’expérience d’Istanbul, essentiellement du groupe de lecture en Suisse et ailleurs (Espagne, Japon, Espagne, Chili, Algérie). Dans le point 3 (textes de Christophe Tafelmacher, Marion Brepohl, Luc Legoux, Talat Parman, Sema Kaygusuz) divers chercheurs de divers domaines (droit, démographie, psychanalyse, littérature, histoire), abordent le thème Violence et Civilité, dans une démarche interdisciplinaire qui ouvre le questionnement philosophique à d’autres approches. Dans le point 4 (textes de Zeynep Direk, Zeineb Ben Saïd, Camille Louis, Guillermo Perez Roberto Nigro, Ertan Kardes, Ilaria Possenti, Marie-Claire Caloz-Tschopp), le thème Violence et civilité est soumis à des approches philosophiques depuis des lieux, des thèmes, des problèmes divers: féminisme; révolution en Tunisie; pratique de la philosophie en poète ou en assassin; cruauté banalisation et politique; guerre civile; mouvement de la place Gezi, le mot civilité intraduisible; pari tragique de la convertibilité/inconvertibilité de la violence.

Dans le point 5 (poèmes et textes de Daniel Varougan, Firat Aydinkaya, Ahmet Insel, Aris Nalci, Violette Krikorian) sur le génocide arménien qui est un point névralgique de la mémoire historique de la Turquie. Dans le point 6, divers textes d’actualité sur la situation en Turquie, sur le blocage des renvois forcés avec le dispositif Dublin en Europe et en Suisse, sur la grève dans la construction en Suisse; sur la situation de la Grèce.

La deuxième partie concerne dans quatre textes présentés d’autres questions abordées par le programme Desexil-Exil. Elle se clôt par deux hommages à deux travailleurs intellectuels récemment décédés, l’un de Maria Clemencia Sanchez dans un entretien avec une écrivaine colombienne (en espagnol) Helena Araujo et l’autre texte d’hommage d’Eric Guichard du CIPh à Jack Goody.

Nous vous souhaitons une bonne lecture ! Si vous désirez continuer à être informé.e.s, inscrivez-vous sur le site: www.exil-ciph.com

Marie-Claire CALOZ-TSCHOPP, CIPh, Graziella DE COULON, Pauline MILANI, Teresa VELOSO-BERMEDO, coordination du Réseau de lecture sur place (Suisse) et à distance (Chili) du livre d’Etienne Balibar, Violence et Civilité

 

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NOTES
[1] Balibar Etienne, Violence et Civilité, Paris, éd. Galilée, 2010.
[2] Nous avons édité un petit livre en français et en turc pour l’étape de préparation. Voir Caloz-Tschopp Marie-Claire (dir.), textes de Pinar Selek, Ahmet Insel, Etienne Balibar, Violence, politique et civilité aujourd’hui, Paris, l’Harmattan, 2014. Il est disponible en turc aux éditions Iletisim (Istanbul).
[3] CALOZ-TSCHOPP Marie-Claire, VELOSO BERMEDO TERESA (dir.), Tres feministas materialistas. Colette Guillaumin, Nicole-Claude Mathieu, Paola Tabet. Exilio, Apropriacion, Violencia (vol. I, 460 p.), Racismo/Sexismo, Esencializacion/naturalizacion, Consentimiento (vol. II, 415 p.), Concepcion, Chili, ed. Escarapate, 2012. Livre accessible en ligne aux éditions L’Harmattan, Paris (accord du Programme CIPh avec L’Harmattan). Pour les autres livres édités en collaboration avec le Chili, voir : exil-ciph.com
[4] Voir les déclarations de la romancière Asli Erdogan, à l’approche des élections du ler novembre 2015, Le Courrier de Genève, 30 octobre 2015. Très concrètement, cela signifie la torture dans les prisons, le viol des femmes, des enfants, les lynchages des Kurdes, etc. comme s’en explique la romancière.
[5] Arendt Hannah, Qu’est-ce que la politique ? Paris, Points-essais (poche), 1993 puis éditions successives.
[6] Le CIPh a été créé par quatre fondateurs : Jacques Derrida, Jean-Pierre Faye, Dominique Lecourt, François Chatelet il y trente ans à Paris. Sur le site du CIPh, il existe des textes de référence sur les objectifs poursuivis par les fondateurs (notamment le Livre bleu). A un moment de profondes transformations des politiques universitaires et institutionnelles de la formation et de la recherche en Europe et en Suisse, il est intéressant de retourner aux textes fondateurs. www.ciph.org
[7] Derrida Jacques, L’université sans condition, Paris, Galilée, 2001. Voir: www.ciph.org
[8] A l’heure actuelle, le Collège International de Philosophie a un statut d’association soumis à la loi de 1901 (France).
[9] J’évoque cette question dans un des textes du Séminaire à propos de la nostalgie.
[10] Guillaumin Colette, L’idéologie raciste, Paris, Folio essais, 2000 (1970).
[11] Dans l’analyse il faut prendre en compte les abstentions (4 citoyennes et citoyens suisses ayant le droit de vote ont voté aux dernières élections fédérales) et aussi ceux qui n’ont pas le passeport suisse. Exemple : à Genève (50%), à Lausanne (40%).
[12] Ogilvie Bertrand, L’homme jetable.Essai sur l’exterminisme et la violence extrême, Paris, éditions Amsterdam, 2012.
[13] Le projet qui aboutit à une journée de formation continue et de débat public à Genève le 5 novembre 2015 est décrit dans Le journal Le Courrier (de Genève), du jeudi 22 octobre 2015. Titre de l’article, « Inventer une politique de la « civilité », p. 10.
[14] Caloz-Tschopp M.C. (dir.), 2014, opt cit.

 

 


(RE)PENSER L’EXIL N°5 > ÉDITO: INVENTER UNE POLITIQUE DE «CIVILITÉ» AVEC ETIENNE BALIBAR À ISTANBUL, Marie-Claire CALOZ-TSCHOPP, CIPh, Graziella DE COULON, Pauline MILANI, Teresa VELOSO-BERMEDO, coordination du Réseau de lecture sur place (Suisse) et à distance (Chili) du livre d’Etienne Balibar, Violence et Civilité

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