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RÉSUMÉ

Le but de ce travail est de présenter des concepts psychanalytiques du livre Symbiose et ambiguïté de José Bleger pour faciliter la compréhension de quelques aspects de son œuvre. Dans ma démarche, je me propose de conjuguer l’apport théorique et clinique de Bleger avec mon expérience de psychothérapie psychanalytique avec des patients qui ont subi l’expérience de la torture, une l’extrême violence sociale traumatique. Je fais ici un survol rapide de mes travaux sur cette thématique. Aussi, je me propose de décrire deux mécanismes de survivance psychique que me sont apparus évidents pendant mon travail psychanalytique avec des patients qui avaient été torturés et que j’appelle l’«adaptation à n’importe quoi» et l’«objet à sauver».

 

Le livre Symbiose et ambiguïté de José Bleger, qui a été la référence principale du colloque de Genève, est une porte d’entrée dans l’œuvre du psychanalyste argentin, mais c’est une référence trop spécialisée pour ceux qui n’ont pas une connaissance directe de l’ensemble théorique de la psychanalyse et aussi de l’œuvre de Bleger. Il destinait son livre avant tout au public psychanalytique ayant connaissance des concepts de base de la psychanalyse, par exemple, le concept d’inconscient. Il me semble important d’avertir que pour comprendre l’apport de la psychanalyse dans l’interdisciplinaire, il faut tenir compte du fait que l’idée de l’inconscient est un concept de base de la psychanalyse, pour ne pas confondre les phénomènes inconscients avec des attitudes volontaires.

Bleger se situe dans la ligne de pensée des travaux psychanalytiques de son époque, à partir desquels il a créé une manière nouvelle et originale de concevoir la dynamique psychique entre le monde interne et le monde externe.

Ma préoccupation pour les effets de la violence d’Etat sur des personnes a commencé en 1972 après ma rencontre avec une jeune étudiante de médecine uruguayenne venue en Europe pour témoigner au Tribunal Russel à Rome sur son séjour dans la prison Libertad à Montevideo (laboratoire de la torture en Amérique latine). Elle avait observé des aspects psychiques de son expérience de la torture en constatant, comme d’autres prisonniers, que les tortionnaires étaient équipés de connaissances précises en psychologie, qu’ils appliquaient dans leur tâche.

Elle m’a explicitement demandé de transmettre et de dénoncer ce constat au monde des «psy». Je me suis ainsi trouvée dans la situation de devoir transmettre quelque chose de particulièrement pervers et de trouver les mots psychanalytiques pour le penser et pour le dire. À ce moment, pure coïncidence, je lisais Symbiose et ambiguïté de Bleger. (Amati Sas, 1977).

Bien que Bleger n’ait pas traité directement le thème de la torture et de la violence sociale, son livre m’offrait un modèle psychanalytique original qui permet de rapprocher le psychique et le social sans privilégier des critères d’ordre pulsionnel (par exemple, en expliquant la torture par des pulsions sadomasochistes); ceux-ci ne me semblaient pas pertinents pour aborder les objectifs du pouvoir social de la torture.

En effet, il faut considérer la pratique de la torture dans un contexte de pouvoir social à travers l’organisation d’un système d’obéissance institutionnelle dont ses agents sont autorisés et chargés d’accomplir des actes «cruels et dégradants» sur des individus et des groupes en toute impunité.

Le «système torturant» est une des formes que prend la «violence d’Etat» où le but principal est de manipuler toute une population en créant un climat de menace, de persécution, de désarroi, d’étrangeté et de peur terrorisante.

Dans l’Amérique latine des années 1970 et 1980, la torture et les disparitions étaient désavouées, secrètes, cachées, ce que provoquait un sordide «état de menace» (J. Puget, 1989) se manifestant dans la population en général, par une accommodation silencieuse aux circonstances, un incertain déni de la réalité et une banalisation immobilisante.

Il ne faut pas confondre l’extrême violence cachée de cette époque de l’histoire latino-américaine avec l’extrême violence ouvertement exhibée aujourd’hui par les médias, spectacle globalisé qui, à notre insu, nous rend familiers avec toutes sortes de cruautés auxquelles, tout comme dans la violence cachée, nous nous accommodons aussi.

Nous pouvons nous demander de quelle fonction psychique tirent profit les pouvoirs politiques pour obtenir la soumission d’un individu et/ou d’un ensemble humain; quelle fonction psychique peut permettre un consentement tacite à n’importe quelle circonstance, contexte ou réalité – même la plus injuste et la plus illégitime – en l’accordant avec la familiarité et la banalité; quelle fonction psychique commune à tous permet une manipulation trans-subjective des populations vers le conformisme social et peut provoquer, à l’extrême, leur «adaptation à n’importe quoi» (Amati Sas,1989), à n’importe quelles circonstances ou événements intentionnellement provoqués.

L’obtention du conformisme social est le but des méthodes qui instituent la violence comme forme de gouvernement et sont utilisées pour obtenir la soumission inconsciente d’un ensemble humain avec l’intention d’éviter toute forme de critique ou d’opposition civique.

Pour aborder, du point de vue psychanalytique, les différentes formes d’adaptation et de résistance subjectives, individuelles ou groupales à la violence sociale institutionnalisé, nous avons besoin de modèles que considèrent la dynamique entre la subjectivité et les cadres sociaux. Dans ce sens, Bleger a apporté une contribution majeure à la psychanalyse en élaborant le concept d’ambiguïté comme l’expression clinique (observable) d’une non-différenciation psychique primaire de base constituant un «noyau agglutiné ou ambiguë» qui est déposé dans le monde externe à travers un «lien symbiotique».

Ces concepts signalent les aspects inévitables de la dépendance du psychique au monde externe et le sentiment d’appartenance et de familiarité nécessaires avec les contextes que ce lien inconscient donne au sujet dans la dialectique psycho-affective du besoin humain d’appartenance et d’identité (Bleger, 1987, 2015).

L’importante prémisse théorique de Bleger est que le noyau ambigu (d’immaturité et de non différenciation) n’est pas soutenable par le moi plus différencié et mûr du sujet qui est obligé de le projeter et de le déposer dans le monde externe, à travers un «lien symbiotique», chez des «dépositaires» externes (plus ou moins) privilégiés, desquels le sujet est en dépendance inconsciente (famille, appartenances diverses) et dans le contexte socio-culturel dans lequel le sujet vit (institutions, lois, traditions).

La dépendance inévitable du moi à l’environnement externe fournit au sujet des sentiments d’appartenance et de certitude qui «vont de soi» pour lui. Elles sont comparables à ce que J. Sandler (1960), a appelé background of safety, c’est-à-dire, un arrière-plan de sécurité.

Le concept le plus important de ce modèle dynamique est celui du «dépôt»  (obligatoire et inévitable) dans les «cadres» du monde externe (personnes, objets, institutions), des aspects inconscients les plus indifférenciés, imprécis et incertains de la personnalité, que Bleger a décrits comme un «noyau agglutiné» ou comme un noyau «glischro-caryque» (de glischro: visqueux et caryon: noyau).

Le noyau agglutiné représente ce qui reste dans le moi d’une indifférenciation primaire, archaïque (pré-subjective) et de tout ce qui dans la vie psychique du sujet n’a pas encore trouvé une «discrimination», une définition et une signification précise. Nous pouvons l’imaginer comme un amas de ce qui est le plus indifférencié, indéfini, imprécis, équivoque et ambigu en chacun. Tout contexte actuel peut fonctionner comme «dépositaire» des aspects ambigus que se trouvent dans la subjectivité de tous et chacun à tout âge.

De ce fait, la dynamique entre le monde interne et les cadres environnants nous permet d’imaginer pourquoi des changements violents et des ruptures intentionnellement provoquées par des pouvoirs sociaux (guerre, répression politique, torture) touchent la subjectivité la plus intime, dépendante, inerme et vulnérable de chacun.

Puisque le «noyau ambigu» ne peut pas rester sans dépositaires externes, quand il y a une perte ou une altération du cadre «dépositaire» (surtout si le changement est brusque et/ou inattendu), le lien symbiotique va se rétablir aussitôt, inconsciemment et sans choix, dans le nouveau cadre actuel dans lequel le sujet se trouve. Le nouveau dépôt redonne inconsciemment au sujet un sentiment d’appartenance, de sécurité et de familiarité (concept opposé a celui d’étrangeté) avec l’entourage actuel. J’insiste sur l’aspect non discriminé, non conflictuel, non contradictoire de la position ambiguë, soit son imprécision, sa malléabilité, sa fluidité, sa perméabilité qui lui permettent de prendre la forme, de s’accommoder et de se conformer à n’importe quel contexte et circonstance et «à l’extrême» de s’«adapter à n’importe quoi».

Important: quand il y a une perte ou une disparition violente des dépositaires externes, le noyau agglutiné déposé hors du soi fait retour sur le moi; c’est une brusque réintrojection du noyau agglutiné qui désorganise momentanément les aspects plus mûrs et structurés de la personnalité et provoque des symptômes aigus de désorientation, de perplexité, d’étonnement, d’étrangeté qui s’accompagnent d’angoisse intense (confondante, catastrophique, etc.) et qui persiste dans la mémoire du sujet comme un vécu étrange, inacceptable et d’élaboration difficile.

Le dépôt de l’ambiguïté psychique dans les cadres du monde externe m’a permis de penser, à partir du travail thérapeutique sur des situations extrêmes, qu’il y a une capacité psychique humaine de base à «s’adapter à n’importe quoi», à n’importe quel contexte ou circonstance. C’est une capacité plastique et malléable du psychisme humain qui peut fonctionner comme mécanisme de survivance dans les situations de violence extrême, qui existe déjà dans le nouveau-né, qui s’adapte aux conditions de vie et au milieu culturel qu’il trouve à sa naissance [1]

Bleger décrit dans son livre les multiples et protéiformes expressions cliniques des mouvements du noyau ambigu en relation avec les contextes et les cadres «dépositaires» externes, il étudie aussi les mouvements de l’ambiguïté dans le monde interne en tant que «position agglutiné ou ambiguë» qu’il ajoute aux deux positions classiques schizo-paranoïde (divalente) et dépressive (ambivalente) décrites par Mélanie Klein.

La «position ambiguë» a une qualité obnubilante qui offusque les affects, met en suspension les émotions fortes mais ne les fait pas disparaître. Elle permet au sujet de ne pas trop se différencier du monde externe où il se trouve, de ne pas entrer en conflit avec la réalité actuelle et de se conformer à celle-ci, telle quelle se présente, tout en «donnant du temps» au moi pour prendre d’autres positions affectives [2]

Les trois positions coexistent et alternent dans la psyché ; elles peuvent avoir des fonctions défensives les unes par rapport aux autres. Ainsi, si l’angoisse de persécution propre à la position schizo-paranoïde est trop forte, on se défend en devenant ambigus. Si le moi craint une trop forte accommodation aux circonstances (position ambiguë) il se défend en devenant paranoïde.

Dans les situations de violence extrême, la position ambiguë devient une «défense majeure». Dans ces cas, la qualité mimétique de l’ambiguïté protège – par l’adaptation, l’obnubilation, l’indifférence affective – le reste de la personnalité, qui reste comme éloignée et suspendue.

Cependant les aspects ambigus adaptatifs et non conflictuels du sujet coexistent avec d’autres aspects conflictuels, de capacité critique, de condamnation ou d’indignation. Malgré l’adaptation de base aux circonstances, on ne cesse de penser, critiquer ou juger, mais on est adaptable à la réalité externe telle quelle se présente beaucoup plus que de ce que l’on peut percevoir ou suspecter par nous mêmes. En tant que psychanalystes (ou dans toute autre profession de relations humaines), il est important de reconnaître cette partie accommodante de nous mêmes car elle est source de compromis inconscients qui empêchent de voir et de prendre en considération les situations inacceptables et qui peuvent amener, sans que l’on s’en rende compte, à la collusion inconsciente et à la complicité involontaire.

Dans la psychothérapie des situations extrêmes, il s’agit de rendre pensable le traumatisme et ses défenses inconscientes (obnubilation, dissociation, adaptation) et de donner au patient la possibilité de transformer sa «défense par l’ambiguïté» en ambivalence critique, soit de transformer son aliénation en capacité de jugement. Durant l’élaboration de son expérience traumatique, le patient se doit de décoder des affects qui le perturbent: son anxiété catastrophique, la perte de sens et des significations, sa honte, la perturbation de ses sentiments d’appartenance et d’identité, en devenant capable de délégitimer, de redécouvrir son opposition et son rejet de la violence subie (Amati Sas, 1989).

Dans la torture, la victime a subi l’imposition de divers dilemmes moraux desquels elle se sent, paradoxalement, responsable. Elle doit se rendre autonome d’une identité parasitaire, d’une appartenance au monde de l’imposture dans laquelle elle a été mise par ses tortionnaires: un lieu concret de victime et d’opprimée sans recours. Pour s’en détacher il lui faut récupérer sa capacité de conflit et se réapproprier sa capacité de choix, de décision et d’intégration identitaire qui ont été bafouées.

Le concept des «espaces de la subjectivité intra-inter-trans» nous permet de décrire séparément quelques conséquences de la violence subie avec la torture [3]

À un niveau intrapsychique, la torture provoque chez la victime une régression défensive à un état d’ambiguïté (diminution de la capacité de discrimination, de conflit interne et de choix). La rupture violente des cadres dépositaires par les violences subies, s’accompagne d’angoisse catastrophique (perplexité, confusion) mais une forme d’indifférence s’en suit, avec une acceptation tacite de la situation (Amati Sas, 1991).

Les tortionnaires ont tiré profit de la perméabilité aux introjections propres à la position ambiguë en attaquant l’estime de soi et les diverses appartenances du prisonnier (famille, croyances religieuses, idéologie politique, etc.).

Au niveau de l’espace intersubjectif, la violence sociale provoque une importante altération des relations humaines dans la famille et l’entourage immédiat de la personne victimisée. Elle introduit des malentendus inévitables (équivoque, paradoxe, confusion) et induit des compromis non choisis chez les uns et les autres.

L’espace trans-subjectif c’est l’aspect «commun et partagé» (Kaës) de la subjectivité de chacun et implique le partage de cadres concrets, ainsi que de codes et de normes communs à tous, de règles culturelles (par exemple la prohibition de l’inceste) ou le partage d’institutions (la loi, l’Etat) qui offrent des certitudes communes de base.

À un niveau affectif, nous pouvons relier la trans-subjectivité aux sentiments et aux illusions de la confiance (sécurité) ou de la catastrophe (perte de confiance) (Eigen, 1985), dues au maintien ou à la perte de cadres communs concrets ou de références symboliques signifiantes.

Le but de la violence sociale traumatique est toujours dirigée vers la trans-subjectivité de chaque sujet et de l’ensemble car en modifiant ou en détruisant les contextes de sécurité «communs et partages» (Kaës,1989; Ventrici, 2004) par la terreur, la propagande ou par des procédures socio-économiques  elle conduit chaque sujet et tout un groupe ou population vers l’aliénation («modification de la pensée par l’action de quelqu’un d’autre sans que le sujet s’aperçoive du changement qui a eu lieu dans sa pensée» (Aulagnier, 1979).

La manipulation de sa pensée et ses affects conduit le sujet à l’incapacité critique, à la suggestibilité, à l’installation dans une pseudo-normalité et à la banalisation de la corruption morale .Les violences politico-sociales (Waisbrot, 2003) sont toujours suivies par la corruption du sens moral de une communauté.

Dans le travail thérapeutique des situations extrêmes, le thérapeute aura besoin de toute son «alarme éthique» (Amati Sas, 1993) car même si nous nous trouvons éloignés dans le temps et l’espace des événements traumatiques, nous partageons avec le patient le même contexte social de terreur et incertitude qui possède une force de démantèlement et de pénétration, et pousse chacun au conformisme, à la perte des significations et de sens. Dans le processus thérapeutique des situations extrêmes, autant le patient que le thérapeute transitent, existentiellement, entre la résignation et le défi.

Chez le thérapeute, l’apparition d’un sentiment de découragement (desaliento) professionnel peut être compris comme un signe qui est atteint subjectivement par la violence extrême qui pousse à la résignation.

Les tortionnaires ont procédé à une destruction concrète et systématique du cadre de vie du sujet victime. En tirant profit de la perméabilité aux introjections propre à l’état d’ambiguïté, ils ont utilisé des paradoxes, des équivoques et se sont attaqués aux appartenances. Imposteurs, abusifs, intrusifs, ils disposent de la mort et de la vie aux niveaux les plus primaires et les plus intimes, tout en se présentent parfois comme des sauveurs.

Dans ces psychothérapies il s’agit d’observer l’imposition que le système torturant a fait (à la faveur de la perméabilité propre à la «position ambiguë») en voulant incorporer chez sa victime une instance «surmoïque» parasitaire, ambiguë, arbitraire, manichéenne, qui permet l’assassinat, le vol, l’imposture et qui interdit la pensée, la compréhension, l’éthique et la reconnaissance de l’altérité.

Ainsi, je considère la honte du patient comme le signal de son conflit subjectif à l’égard des aspects adaptatifs que l’expérience de la torture lui a fait découvrir en lui même, la perception de son imprégnation par des transgressions imposées par d’autres à leurs fins (Amati Sas,1987,1992, 2003).

En amenant sa victime vers un état psychique d’ambiguïté, la violence sociale traumatique cherche à obtenir que l’on abandonne la définition qu’on se donne de soi-même, que l’on ne puisse pas situer ses appartenances, ni avoir ses propres opinions. En bref, les tortionnaires cherchent à faire des êtres humains, des individus indéfinis, imprécis et équivoques. D’autres formes de violence sociale quotidiennes (par exemple, le chômage, la corruption institutionnelle, la propagande des mass-médias) peuvent obtenir des effets semblables à bas bruit.

Dans les psychothérapies des situations de torture, j’assume consciemment mon intention de soutenir la récupération du fonctionnement psychique du patient et de sa capacité de s’auto-libérer de sa lourde expérience d’aliénation pour qu’il/elle puisse récupérer son sentiment d’être en devenir.

Les rêves sont le vecteur des figures et des métaphores qui permettent d’aborder la fonction et la place du thérapeute dans l’élaboration des situations d’extrême violence traumatique. Une fois de plus je fait recours ici au rêve paradigmatique d’une patiente latino-américaine qui avait été victime de maltraitances extrêmes (Amati Sas, 2002, 2013). Ce rêve exprime sa compréhension inconsciente de la relation thérapeutique par rapport a la violence extrême qu’elle avait subie.

Madame A. rêve: «Je me trouve dans un camion à grande vitesse sur un chemin tortueux assise à côté du chauffeur. Soudain, je m’aperçois qu’il n’y a personne au volant. Je prends alors le volant et j’essaie de contrôler le camion mais je n’y arrive pas. Le camion sort du chemin et tombe dans une mare de boue où il s’arrête. Je descends et je marche, submergée dans la mare boueuse. De loin, aussi immergés dans la boue, j’aperçois d’un côté, mon mari (disparu et assassiné) qui m’appelle et de l’autre, les militaires tortionnaires – ils me font des signes pour que je m’approche d’eux. En regardent plus loin, je vous vois, vous êtes debout au bord de la mare. Alors je prends de la boue dans mes mains et je commence à en faire des briques; je vous passe les briques l’un après l’autre pour construire un mur mais, à plusieurs reprises, les briques se dissolvent de nouveau dans la mare… Alors», dit la patiente, «je vous dis: prenez bien soin de faire le mur près du bord de la mare, faites-le où le terrain est bien ferme pour que les briques ne s’effondrent pas; mais surtout ne construisez pas le mur trop haut pour que nous puissions continuer à nous regarder dans les yeux»…

Dans ce rêve nous voyons que la patiente a situé la psychanalyste juste «au bord de la mare», une mare de boue que signifie sa confusion et son sentiment d’indifférenciation; elle situe la psychanalyste comme celle que ne doit pas tomber dans l’ambiguïté, il s’agira pour elle de ne pas se confondre avec les tortionnaires, ni dans le transfert, ni dans l’interprétation. La thérapeute est un être humain qui pourrait se tromper, elle n’est pas vécue par la patiente comme toute puissante. La patiente lui demande d’être extrêmement attentive car le risque sérieux est de dissoudre tout le travail de cure psychanalytique dans la situation visqueuse de confusion avec des morts et des tortionnaires. La patiente espère que sa thérapeute ne banalisera pas la situation et qu’elle sera capable de soutenir un regard attentif sur toute la situation et sur les affects trans-subjectifs que les imprègnent, car la thérapeute doit pouvoir rester le garant de leur travail commun et de leur défi partagé. Faire des briques avec ses mains montre l’intention de la patiente de se détacher de la mare boueuse, soit de l’état de confusion et d’indifférenciation produite par la situation traumatique, chaque brique signifiant son effort de discrimination. La construction du mur signale le besoin et l’intention de séparer son expérience extrême d’autres moments de sa vie psychique. C’est un mur de clivage dans son monde interne: il servira à anticiper ou à prévenir des moments où elle pourrait ressentir qu’elle est à nouveau envahie par la boue (confusion, indifférenciation, chaos) de l’expérience extrême.

La patiente cherche dans le regard d’un autre (bien différencié) à être reconnue dans son «projet identificatoire» avant, pendant et après sa terrible aventure, en lui permettant de rétablir le fil de ses expériences et l’enchaînement des évènements de sa vie pour retrouver son «investissement du futur» (Aulagnier, 1979).

La patiente cherche aussi à s’assurer qu’elle est reconnue dans l’authenticité de son effort de reconstruction d’elle-même. Donc, l’analyste et son regard attentif sont les «dépositaires» de sa destinée symbolique.

La présence du mari décédé figure le deuil suspendu et représente l’attraction de la patiente vers la mort psychique, la tentation de laisser tomber tout conflit subjectif, tout choix et toute capacité de décision. Les tortionnaires l’appellent à s’aliéner à eux, à leur forme de penser, à leurs comportements transgressifs, à leurs idéaux mortifères, ils représentent dans le rêve la tentation que la patiente aurait pu avoir d’abandonner ses appartenances et sa propre identité.

La patiente exprime sa crainte de se «laisser aller» dans un état d’ambiguïté (représentée par la boue) ce qui impliquerait de se résigner et rester piégée dans le deuil et la familiarité perverse avec l’équivocité du monde tortionnaire…(son «adaptation a n’importe quoi»).

Au début de la psychothérapie des situations extrêmes, il est important pour le psychanalyste, de renoncer à trouver dans le passé du patient les bases qui ont pu déterminer son traumatisme actuel; plus tard, dans la continuité du processus thérapeutique, on arrivera à se référer au passé inconscient et à reconnaître la structure de la personnalité du patient et son style défensif. Aussi, faut-il éviter de faire des interprétations confondantes en terme de figures de base (père ou mère) sur les tortionnaires ainsi que du tortionnaire sur le thérapeute, pour mieux aider le patient à séparer le période de traumatisme extrême du reste de sa vie car dans l’état de confusion où il se trouve, tout est mélangé à tout  (Amati Sas, 1989). Après la fin de la thérapie, va persister chez le patient la nécessité de continuer à élaborer les moments de régression traumatique qu’il a vécu; cela va comporter la nécessité d’une remémoration des impositions perverses subies, pour chercher leur intention, leur sens et leur signification politico-sociale.

Dans le processus de la cure, nous avons trouvé chez les patients des mécanismes psychiques de résistance à des impositions abusives; Ferenczi (1932 ) affirme que la résistance existe dans toute personne abusée.

J’ai observé une importante résistance à la situation de torture qui apparait dans le discours du patient, dans ses rêves et ses souvenirs, sous la forme de la préoccupation pour un autre (enfant, conjoint, vivant, mort ou disparu): j’ai appelé l’«objet à sauver» cette préoccupation pour l’existence, l’intégrité et la dignité d’un autre sujet. «L’objet a sauver» signale la continuité du fonctionnement psychique et de la subjectivité du patient pendant le temps de son emprisonnement. Un exemple pour aider à préciser le concept: une femme qui avait passé par la torture a dit: «il fallait que je résiste car je ne pouvais pas accepter que mon enfant puisse vivre dans un monde dirigé par ces gens là».

Puisque l’extrême cruauté que le patient a subie comporte pour lui le sentiment d’avoir perdu sa capacité d’organiser ses affects et sa pensée, la remémoration de la préoccupation pour le sort d’un d’autre, même si ce souci est resté intime, secret, réprimé ou oublié, est à considérer comme un défi du patient à la situation d’extrême violence. En fait l’«objet à sauver» n’est rien d’autre que le «simple» objet intrapsychique de notre vie quotidienne, celui que Baranger dit, qu’il nous «sauve du trauma pur», c’est-à-dire de la disparition totale de la vie psychique (Baranger, 1999).

Si on reprend maintenant toute la constellation de la survivance psychique en conditions extrêmes, on voit qu’elle se fait conjointement sur deux fronts: l’«adaptation à n’importe quoi» (défense adaptative extrême par la position ambiguë) et l’«objet à sauver», soit la préoccupation pour le sort, le destin et la dignité d’un autre, c’est-à-dire une relation d’objet interne en position dépressive.

En tant que concept psychanalytique l’«objet à sauver» permet de garder l’idée de l’humain par opposition au fait d’être traité comme une chose, et représente un défi évident à la «tendance humaine à devenir une chose», (Lichtenstein, 1963) car, dans une situation de violence sociale extrême, les humains sont traités comme des choses prises dans une masse.

Les deux mécanismes de survivance psychique sont deux modalités de défi à la violence que sont présentes en même temps chez le sujet victime, mais qui sont deux mécanismes psychiques clivés entre eux; ils correspondent à des espaces différents de la subjectivité (trans-subjectivité et intra subjectivité) et aussi à deux niveaux différents des relations d’objet (position ambiguë et position dépressive).

L’«objet à sauver» exprime une dimension intrapsychique de différenciation et d’altérité qu’on peut considérer comme un défi du sujet à sa propre défense adaptative; la prise de conscience que le patient en fait pendant sa psychothérapie lui permet de retrouver sa résistance à l’infamie et de percevoir la continuité de lui-même durant tout le temps de son emprisonnement.

En tant que thérapeute, notre indignation (Amati Sas 2011)  signale notre alarme et opposition à notre tendance humaine à nous accommoder, à banaliser, pour nous défendre de la terreur à travers l’ambiguïté; c’est une alarme nécessaire pour ne pas devenir en collusion ou en complicité avec les situations et les violences inacceptables. C’est bien pour cela que la cure des situations extrêmes exige du psychothérapeute une observation attentive de ses propres affects (honte, indignation, peur, desaliento etc.). Nous avons besoin de toute notre indignation et de notre capacité critique pour condamner des infamies et des corruptions inacceptables pour la morale  mais ceci n’empêche pas notre attitude psychanalytique, comprise comme la capacité de ne pas aliéner le patient à nous mêmes, de soutenir son processus de guérison (holding) et de régler nos interventions (timing) pour permettre au patient de suivre son propre rythme évolutif.

L’extrême violence subie persiste dans la mémoire du sujet victime et dans la mémoire collective comme un vécu étrange, une inquiétude non complètement élaborable qui dérange le sentiment de sécurité – (background of safety) – nécessaire. Ainsi pour les victimes de la violence extrême, aucun dépositaire sociale ne pourra rester suffisamment garant de sécurité. En conséquence, nous pouvons penser que ce qui prime sont la «défense par l’ambiguïté» et l’«adaptation à n’importe quoi» qui conduisent des humains au conformisme, à accepter des circonstances infâmes offertes par les pouvoirs qui assument de façon perverse la fonction de «garants méta-sociaux» (Kaës, 2005).

En étudient le passage transgénérationnel des violences extrêmes du siècle passé, Yolanda Gampel (2005) décrit comme un «background of uncanny» (d’étrangeté et d’incertitude) la transmission aux générations suivantes de l’empreinte d’un cadre social porteur d’inquiétante étrangeté et des vécus inconscients non élaborables qui s’expriment comme des symptômes chez les générations suivantes.

Considérant aujourd’hui notre tendance adaptative inconsciente et les moyens technologiques de plus en plus efficaces que les pouvoirs intéressés utilisent pour manipuler ces tendances adaptatives, pouvons-nous penser qu’un climat de corruption et de transgression pourrait constituer paradoxalement, les cadres métasociaux garants en devenir?

Pour travailler comme psychothérapeutes dans des contextes sociaux et des temps de grande incertitude, il nous faut «une philosophie du refus de la fatalité» comme le dit Levinas, (1993) et une éthique du défi.

 

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NOTES
[1] Le dépositaire privilégié (la mère, le thérapeute) transforme (discrimine, donne sens) au «dépôt» et le retourne par projection au déposant. Bion appelle «pouvoir de rêverie» la capacité de la mère de transformer le dépôt indiscriminé dans une message significatif que le bébé peut intégrer à son fonctionnement. Il y a les dépositaires privilégiés actifs (mère, famille, thérapeute) qui donnent sens à l’indifférencié et assument le rôle de soutien (holding) qui permettra au déposant (bébé, patient) d’initier son propre processus autonome de développement et de créativité. Au contraire, il y a des dépositaires que s’approprient du pouvoir que leur donne le lien symbiotique (qui est un lien de dépendance) pour aliéner l’autre à leur volonté. Bleger signale aussi qu’il y a des objets, des lieux, des institutions qui fonctionnent exclusivement comme dépositaires «muets».
[2] Le concept de «position» décrit les modalités de la relation conflictuelle entre le moi et ses objets internes et les angoisses et défenses que l’accompagnent. La position ambiguë précède les autres positions et se caractérise par le manque de discrimination et de conflit entre le moi et l’objet. L’ambivalence propre à la position dépressive, situation de conflit entre deux termes (représentations et affects) contradictoires ou antinomiques, permet de choisir entre des termes opposés (haine/amour, bon/mauvais, vrai/faux); au contraire, dans l’ambiguïté tout apparaît possible et interchangeable: les termes opposés, contradictoires et potentiellement conflictuels coexistent comme s’ils n’avaient pas été discriminés. Pour cette raison, l’ambiguïté donne aux phénomènes psychiques un caractère protéiforme d’imprécision, de malléabilité et d’adaptabilité qui permet une certaine mobilité entre les espaces et les temps psychiques en reculant, en freinant ou en avançant, ou en créant, permettant ainsi que se produisent de nouvelles discriminations. Par son caractère a-conflictuel, l’ambiguïté représente un mécanisme de défense facile, ou, pourrions-nous dire, «bon marché» (un «jolly joker» qui peut être placé n’importe où) et qui évite au moi des mécanismes de défense plus coûteux, comme celui du refoulement (qui implique un travail psychique de discrimination, de représentation et de conflit) (Amati Sas, 2004). Comme je m’en suis expliquée précédemment, j’insiste sur l’aspect non discriminé, non conflictuel, non contradictoire de la position ambiguë, soit son imprécision, sa malléabilité, sa fluidité, sa perméabilité que lui permettent de prendre la forme, de s’accommoder, de se conformer aux contextes, aux circonstance et à l’extrême de s’«adapter à n’importe quoi». Mais il nous faut situer aussi l’ambiguïté comme une position où le manque de conflit comporte une potentialité de créativité qui permet de créer nouvelles formes d’expression dans la pensée ou l’art (et aussi dans le travail d’interprétation de l’analyste).
[3] Berenstein et Puget (1997) décrivent la subjectivité comme constituée par trois espaces: l’intrapsychique, ou l’espace des relations objectales (entre le moi et les objets intérieurs); l’intersubjectif, ou l’espace du lien entre le «soi-même» et l’autre extérieur à soi; le trans-subjectif, ou l’espace du lien entre le sujet et le contexte social partagé.

 


(RE)PENSER L’EXIL N°6/7 > VIOLENCE SOCIALE EXTRÊME: LES DEUX FRONTS DE LA SURVIVANCE PSYCHIQUE: «L’ADAPTATION À N’IMPORTE QUOI», «L’OBJET À SAUVER», Silvia AMATI SAS

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