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C’est la nuit, une nuit froide. Sourde.
Tout ce que j’entendais n’était que le bruit
feutré de mes pas glacés dans la neige
Je fuyais la guerre, rêvant d’un ailleurs,
d’une vie meilleure.

Silencieux, anxieux, je m’approchais d’une
frontière dans l’espoir que la terreur et la
souffrance perdraient mes traces.
Une fois à la frontière, le passeur me dit
de jeter un dernier regard sur ma terre
natale. Je m’arrêtai et regardai en arrière:
tout ce que je vis n’était qu’une étendue
de neige avec les empreintes de mes pas.
Et de l’autre côté de la frontière, un désert
semblable à une feuille de papier vierge.
Sans trace aucune. Je me suis dit que l’exil
serait ça, une page blanche qu’il faudrait
remplir.

Une étrange sensation s’empara de moi.
Insondable. Je n’osais plus avancer ni
reculer.
Mais il fallait partir!
A peine ai-je franchi la frontières que le
vide m’aspira. C’est le vertige de l’exil,
murmurais-je au tréfonds de moi-même.
Je n’avais plus ni ma terre sous le pied,
ni ma famille dans les bras,
ni mon identité dans la besace.
Rien.

 

Atiq Rahimi, [2]La balade de Calame, Paris, l’Iconoclaste, 2015, pp.14-15.

 

NOTES
[1] Le titre n’est pas de l’auteur.
[2] Écrivain afghan exilé

 


(RE)PENSER L’EXIL N°6/7 > LE VERTIGE DE L’EXIL, Atiq RAHIMI, Poète Afghan

Exil, Création Philosophique et Politique
Repenser l'Exil dans la Citoyenneté Contemporaine

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