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RÉSUMÉ

Au cours des années 1980 et 1990, les débats sur la Seconde Guerre mondiale ont fait émerger de nouveaux paradigmes et des concepts novateurs. Primo Levi a proposé d’analyser les ambiguïtés de la zone grise, qui sépare et relie à la fois le camp des maîtres et des esclaves. Dans ce contexte, de nouvelles analyses de la Suisse de 1933 à 1945 ont provoqué des débats, parfois virulents, sur la neutralité, l’armée et l’identité nationale de la Suisse. Les prestations économiques et financières pour l’Axe, les restrictions dans la politique d’asile, les ambivalences de la politique humanitaire ont été analysées par des travaux historiques qui s’éloignent des images propagées après 1945. Utiles à la fois à l’Axe et aux Alliés, aux nazis, aux fascistes et à leurs victimes, la Suisse et les Suisses ont pu à la fois séparer et relier le camp des bourreaux et des victimes. Les ambiguïtés de cette zone grise nécessitent des analyses sur le passé et sur le présent, même si elles provoquent de profondes divergences au sein de la société suisse.

 

LES DISCUSSIONS MÉTHODOLOGIQUES SUR L’HISTOIRE DE LA SECONDE GUERRE MONDIALE DANS LES ANNÉES 1980-1990

Au cours des deux dernières décennies du XXe siècle, les publications et les débats sur la destruction des Juifs d’Europe par les nazis se multiplient à travers le monde, notamment en Allemagne, en France, aux Etats-Unis et en Italie. Sans pouvoir ici retracer et analyser ces débats, il est nécessaire de rappeler quelques considérations qui marquent des changements de paradigmes. Des historiens ont synthétisé les débats autour du nazisme (Solchany 2010), des génocides (Weitz 2010), des témoins (Offenstadt 2010), des ravages du négationnisme (Rousso 2010), des stimulantes réflexions de Paul Ricoeur.

Dans les limites de cette contribution, je me limite à évoquer les réflexions de Primo Levi et celles de François Bédarida.

À la fin du XXe siècle, les témoignages et les souvenirs deviennent des références sociales. L’historienne Annette Wieviorka a analysé ce processus dans un remarquable livre intitulé «l’ère du témoin» publié en 1998. Parmi ces innombrables personnes qui ont survécu à la Shoah et qui ont été longtemps à peine lues ou écoutées, Primo Levi (1919-1987) occupe une place éminente. Ses écrits et entretiens livrent des informations et réflexions. Il a toujours complété ses souvenirs par d’autres publications et accordait une grande importance aux travaux des historiens. Il écrivit notamment: «Aucune loi de l’esprit humain ne prescrit que tous ceux qui ont traversé une expérience, fût-elle terrible et fondamentale, possèdent les instruments spirituels adéquats pour la comprendre, la juger, en saisir les limites et la transmettre.» (Levi 2004, 112). Il n’oppose pas les historiens aux témoins.

Ses expériences et réflexions l’amènent à approfondir des concepts mentionnés dans ces premiers écrits (Mesnard 2010). Dans son livre publié en 1986, il insiste sur l’impossibilité de dresser un tableau binaire avec une séparation nette entre les bourreaux et les victimes. C’est ainsi qu’il analyse «la zone grise»: «L’histoire populaire, comme celle qui est enseignée traditionnellement dans les écoles, se ressent de cette tendance manichéenne qui répugne aux demi-teintes et aux complexités. […] Ce sont surtout les jeunes qui demandent que les choses soient claires, que la séparation soit franche ; leur expérience du monde étant pauvre, ils n’aiment pas l’ambiguïté.» (Levi 1986, 36-37).

Il rejette ce qu’il désigne comme une rhétorique schématique qui ne permet pas de comprendre l’espèce humaine. Celle-ci est constellée de figures abjectes ou pathétiques (qui peuvent posséder ces deux qualités en même temps). L’ambiguïté doit être intégrée dans l’analyse des situations extrêmes qui peuvent à nouveau se présenter. Concept opératoire pour le passé et le présent, la zone grise permet aussi de se « rendre compte de ce qui se passe dans un grand établissement industriel. » (Levi 1986, 40). Il ne s’agit pas d’une sorte de marais noyé dans la grisaille. «C’est une zone grise, aux contours mal définis, qui sépare et relie à la fois le camp des maîtres et des esclaves. Elle possède une structure interne incroyablement compliquée, et accueille en elle ce qui suffit pour confondre notre besoin de juger.» (Levi 1986, 42). Sa structure et sa genèse doivent être analysées. [Elle] «a de multiples racines. En premier lieu, plus l’aire du pouvoir est restreinte, plus son besoin d’auxiliaires extérieurs est grand; le nazisme des dernières années ne pouvait s’en passer, résolu comme il l’était à maintenir son ordre à l’intérieur de l’Europe soumise et à alimenter les fronts saignés à blanc par la résistance militaire croissante de ses adversaires.»

Levi mentionne les dirigeants des pays occupés et de multiples structures qui ont été enrôlées et intégrées dans le système nazi. Celui-ci donnait l’image de toute-puissance et d’unité. En fait, les conflits internes le minaient et le IIIe Reich avait un besoin structurel d’auxiliaires extérieurs. Bien qu’il ne cite pas la Suisse et les Suisses dans son énumération, Levi donne des indications méthodologiques essentielles.
Il ne limite pas cette zone grise à l’univers concentrationnaire: «Il demeure vrai qu’au Lager et au-dehors, il existe des personnes grises, ambiguës, prêtes au compromis.» (Levi 1986, 48). De manière générale, il la situe «dans cette zone d’ambiguïté qu’irradient les régimes fondés sur la terreur et la soumission.» (Levi 1986, 57). Le problème essentiel est «le thème fondamental de l’ambiguïté humaine provoquée par l’oppression » (Levi 1986, 60). Il montre «la nécessité presque physique qui fait naître de la contrainte politique l’aide indéfinie de l’ambiguïté et du compromis. Au pied de tout trône absolu les hommes se pressent […] pour saisir leur petite portion de pouvoir.» (Levi 1986, 66). «Un ordre infernal, comme l’était le national-socialisme, exerce un effrayant pouvoir de corruption dont il n’est pas facile de se garder. Il dégrade ses victimes et les rend semblables à lui, car il a besoin de complicités, grandes et petites.» (Levi 1986, 67). Il affirme même que l’ambiguïté «nous est naturelle, à nous, êtres hybrides pétris d’argile et d’esprit.» (Levi 1986, 68). En posant ainsi la question cruciale des relations entre les bourreaux et les victimes, il indique cet espace trouble de compromis, de collaborations, de privilèges obtenus, parfois en acceptant des gestes atroces comme ceux accomplis par les Sonderkommandos, chargés de faire fonctionner les chambres à gaz et les fours crématoires. S’il permet d’analyser les situations extrêmes lors du processus qui aboutit à l’extermination de millions de personnes, le concept de zone grise est aussi proposé par Levi pour comprendre des situations ordinaires. L’attentisme, le double jeu, le conformisme, la continuité institutionnelle, la collaboration passive, sans connotation idéologique, sont des attitudes qui relèvent de la complexité et de la mutabilité de la zone grise (Pavone 2010). Les «ambiguïtés de la zone grise» (Ginzburg, 2014, 26) sont intégrées dans des réflexions qui stimulent les analyses sur la Suisse pendant cette période.

Parmi les nombreux spécialistes de la Seconde Guerre mondiale, François Bédarida (1926-2001), à la fois témoin actif et éminent historien, fournit des informations qui permettent d’éclairer les enjeux de l’histoire du temps présent. Selon lui, un tournant historique et historiographique intervient dans le basculement mémorial opéré au milieu des années 1970, dans un contexte très large et de portée mondiale: à savoir la crise économique à partir de 1973, génératrice de pessimisme et de doute après l’euphorie des «trente glorieuses»; le reflux des philosophies du progrès; le tarissement des doctrines et des espérances révolutionnaires. «Face à un avenir obscurci jusqu’à en être opaque et à paraître menaçant […] la tendance est au retour vers le passé et à la recherche d’une identité. Ainsi passion mémorielle et quête identitaire vont de pair.» (Bédarida 2003, 224) De plus, ce qui vient compliquer l’analyse du passé, c’est le phénomène de la médiatisation, qui façonne et conditionne les mémoires et les imaginaires à un degré inconnu avant les années 1980. Dans ce contexte, l’analyse historiographique doit élaborer des connaissances, si partielles et précaires qu’elles soient, en déchiffrant patiemment dans toute leur richesse les mythes et les mémoires. Il s’agit de ne pas abdiquer «devant les multiples pressions des conformismes figés, pas plus que devant la tentation des sacralisations abusives. Ces dernières ne conduisent qu’à des impasses – simplismes médiatiques, dérives politiciennes ou déplorables banalisation.» (Bédarida 2003, 262-263). «L’historien se trouve alors sommé de démêler l’écheveau et de fournir un fil conducteur, en alliant fonction critique et fonction civique – auxquelles la demande sociale, pour faire bonne mesure, ajoute souvent une fonction éthique. Voilà le modeste chercheur proclamé ‘expert’, à son corps consentant ou à son corps défendant.» (Bédarida 2003, 262-263). La demande sociale amène donc l’historien «définir sa mission par rapport aux mythes, aux préjugés et aux déformations de la conscience collective et de la mémoire commune.» (Bédarida 2003, 289).

Les chercheurs sur le génocide nazi sont confrontés aux impostures des négationnistes qui s’arrogent le titre de «révisionnistes». En fait, il est légitime et nécessaire, sur la base des recherches, de réviser les dogmes établis sur des fondements contestables. Rien n’est définitif et exhaustif dans la connaissance historique. Mais les négationnistes agissent autrement: «D’abord, derrière une feuille de vigne de scientificité, leurs écrits reflètent tous les faux-semblants de la méthode hypercritique. Le procédé consiste à récuser en bloc la masse de la documentation en pointant un doigt accusateur sur les lacunes et les erreurs qu’elle peut comporter, et à disqualifier tous les témoignages en arguant de l’inexactitude de détails minimes.» (Bédarida 2003, 291).

L’expertise historienne doit respecter les impératifs toujours catégoriques de la déontologie professionnelle, reconnaître l’historicité de ses objets et de ses méthodes, rester une discipline humaniste, considérer que sa fonction est à la fois critique, civique, sociale et éthique. L’historien doit éviter des écueils, car il se trouve entre «le Charybde néopositiviste et le Scylla postmoderniste» (Bédarida 2003, 309). Sa responsabilité réside dans l’analyse du passé, ce qui implique de prendre connaissance de différentes archives, d’opérer une multitude de tris, de classements, de raisonnements, de hiérarchisations, afin de donner à la réalité factuelle livrée par les sources archivées intelligibilité, cohérence et sens.

Alors que Bédarida considère que la crise mondiale qui éclate en 1973 entraîne un tournant historiographique, d’autres auteurs insistent sur la fin de la Guerre froide en 1989 qui provoque une césure dans les analyses et interprétations (Traverso 2011). Les réflexions de Paul Ricoeur sur l’histoire et la mémoire interpellent les historiens comme Henry Rousso qui partage avec lui «pour des raisons sans doute différentes, une même inquiétude devant l’émergence d’une véritable idéologie de la mémoire qui réduisait toute approche du passé à la quête prioritaire d’une identité particulière, une source de conflits de toutes sortes.» (Rousso 2013, 34).

Il est aussi remarquable qu’une philosophe active en Amérique latine, mais «née en Europe, et dans un pays profondément traditionnel comme l’est la Suisse» ait montré des convergences entre Paul Ricoeur et Walter Benjamin. Celui-ci avait posé des jalons pour «une histoire qui ne milite pas en faveur d’un parti ou d’une tendance, mais qui milite pour une histoire du passé permettant non seulement de sauver la mémoire des vaincus, mais aussi de libérer d’autres possibilités de lutte et d’action dans le présent de l’historien.» (Gagnebin 2013, 157).

Ces multiples impulsions méthodologiques ont attiré l’attention des historiens sur l’importance de notions telles que les ambiguïtés de la zone grise, les parcours des victimes, les risques des relativisations nationalistes, les pièges des mémoires institutionnalisées et identitaires. Les nouveaux paradigmes apparus au cours des années 1980 et 1990 ont aussi eu des effets sur la Suisse et les Suisses.

AU-DELÀ DU CONFORMISME ET DU CONSENSUS HELVÉTIQUE: LES DÉBATS SUR LA SUISSE PENDANT LA SECONDE GUERRE MONDIALE

Depuis une vingtaines d’années, les débats historiographiques sur le nazisme et sur les génocides ont connu des développements remarquables. La fin de la guerre froide a entraîné une nouvelle configuration internationale dans laquelle la Suisse a été confrontée à des reproches au sujet des attitudes et comportements des Suisses pendant la période du national-socialisme (Perrenoud 2009 [1]). Ces critiques avaient été en grande partie exprimées à la fin du conflit mondial et dans l’immédiat après-guerre. Mais les débuts de la guerre froide ont occulté et minimisé ces reproches, ce qui a permis à la Suisse de surmonter son isolement international, de se profiler comme une puissance humanitaire, comme un pays doté d’une armée dont la stratégie de dissuasion fut efficace face à Hitler. Spécificités suisses, la continuité institutionnelle et le consensus socio-politique s’inscrivent dans la durée et fondent une mémoire partagée de la Seconde Guerre mondiale. Néanmoins, dès 1983, dans la Nouvelle Histoire de la Suisse et des Suisses, les reprises d’or nazi et les autres prestations économiques de la Suisse pour l’Axe sont exposées, ainsi que les limites de la dissuasion militaire, ce qui provoque des polémiques. Puis, la publication en 1985 de documents sur l’attitude admirative du Général Guisan pour Mussolini, pour Pétain et pour d’autres dirigeants d’extrême droite motive des réactions outrées des milieux conservateurs: le directeur des Archives fédérales suisses, Oscar Gauye (1928-1990) est traité de «rat échappé de sa bibliothèque» (La Nation, 30.3.1985). Un autre journaliste affirme: «En touchant à la personne et à l’œuvre du Général, on a touché quelque chose de sacré. L’histoire de la mobilisation 1939-1945, toute dominée par la personnalité de Guisan, est écrite. Elle n’est pas à retoucher, surtout d’une manière aussi futile, aussi superficielle, aussi fragmentaire. […] Ce que notre pays doit à Guisan, à son armée, à tous ceux qui permirent au pays cette périlleuse traversée du désert, est proprement indicible. C’est immense. C’est sacré. Alors n’y touchez pas, Monsieur Gauye.» (Nouvelle Revue de Lausanne, 11.4.1985).

Pendant la Guerre froide, les Occidentaux, en particulier les Américains, ont mis une sourdine à leurs reproches à la Suisse car elle était un partenaire utile face au bloc de l’Est. Au cours des années 1990, d’autres facteurs (changements générationnels, nouveaux paradigmes historiographiques, ouvertures d’archives, publications d’études novatrices) contribuent à rappeler les critiques adressées, pendant le second conflit mondial, par les Alliés à la Confédération accusée de profiter des relations avec l’Axe, de négocier des biens pillés, de protéger des criminels ou de ne pas assez secourir les victimes. C’est une sorte de résurgence d’informations et d’arguments qui avaient été confinés dans la nappe phréatique des archives fermées et des souvenirs négligés. Certes, des débats ont émergé dans les années 1950 et 1960 au sujet des attitudes face aux réfugiés, puis à propos de la politique de neutralité, car la publication des archives allemandes avaient révélé des problèmes peu compatibles avec l’image résistante et humanitaire que la Suisse a donnée d’elle-même aux Suisses et au monde après 1945.

Mais, au cours des années 1990, cinq processus combinent leurs effets: la fin de la guerre froide, l’expansion de la place financière suisse (les banques suisses étendent leurs activités internationales), la montée de l’hostilité à la construction européenne (les succès électoraux des conservateurs nationalistes tendent à isoler la Confédération), les changements générationnels (les jeunes ne se contentent plus de la valorisation des facteurs militaires et humanitaires ; ils accordent une importance croissante aux victimes des nazis et aux aspects économiques de l’histoire), l’activisme d’organisations juives, en particulier américaines. Ayant compris certaines fragilités du système mis en place après 1945, ces organisations agissent avec d’autant plus d’efficacité que les dirigeants suisses, englués dans la vision bricolée et diffusée après 1945 de la Suisse pendant la Seconde Guerre mondiale, n’ont pas compris les changements fondamentaux, analysés par Bédarida, Traverso et d’autres auteurs. Les lacunes des connaissances historiques tiennent à la fois aux restrictions d’accès aux archives, notamment bancaires qui sont hermétiquement fermées, et à l’occultation de problèmes, en particulier ceux des victimes des persécutions.

Après avoir été le seul pays qui ait commémoré en 1989 le début de la guerre en rendant hommage à la «génération de la Mob», la Suisse tente de s’adapter aux nouveaux enjeux. C’est ainsi que le président de la Confédération, lors d’un discours remarqué devant le Parlement pour célébrer la fin de la Seconde Guerre mondiale, exprime le 8 mai 1995 ses excuses pour le fait que la Suisse ait signé en 1938 un accord qui prévoyait le tampon ‘J’ sur les passeports des Juifs allemands. Toutefois, cette déclaration fondamentale ne met pas une sourdine aux interrogations sur le passé et à la demande sociale d’histoire. Dans son discours, le conseiller fédéral Kaspar Villiger fait allusion à la xénophobie et à l’antisémitisme suisses. Loin de mettre une sourdine aux débats, cette déclaration gouvernementale entraîne de nouvelles recherches historiques.

D’autres problèmes reviennent dans l’actualité. En mai 1946, le gouvernement suisse avait accepté une demande des Alliés occidentaux d’examiner «avec bienveillance» la question des avoirs déposés en Suisse par des victimes des nazis. Cette concession diplomatique fut vivement critiquée par les banquiers qui y virent une menace pour le secret bancaire suisse. Dans leur perspective, les pressions des autorités fiscales étrangères nécessitaient d’ériger une muraille absolument hermétique pour empêcher des investigations extérieures. Considérée comme une sorte de Cheval de Troie, la revendication des victimes des nazis se heurte à des refus réitérés et à des manœuvres dilatoires. Le 21 août 1947, le secrétaire général de l’Association suisse des banquiers explique aux diplomates suisses que des opportunités s’ouvrent grâce aux changements intervenus depuis 1945 et 1946: «Les États-Unis ne sont pas dans une position aussi forte qu’alors et il ne voit pas de raison de se mettre à genoux devant eux pour des raisons stupides. Au contraire, ne conviendrait-il pas de profiter des circonstances pour leur répondre clairement que cette question doit être revue?» (citation dans Perrenoud 2011, 446). Devant les réticences des diplomates à renoncer à appliquer un engagement signé, le dirigeant bancaire insiste et refuse toute publication officielle ou enquête administrative: «M. Caflisch s’oppose violemment à cette dernière éventualité. Il déclare que les banques ne pourraient se plier à cette condition, qu’elles iront devant le Conseil fédéral, devant les Chambres, devant la presse, mais qu’elles ne peuvent accepter de prendre des mesures qu’elles estiment aussi stupides.» (dodis.ch/2004). A l’instar du diplomate qui rédige ce procès-verbal, les autorités fédérales acceptent les exigences des banquiers qui obtiennent ainsi que leur secret professionnel devienne un tabou. Consolidé au cours des décennies ultérieures, le secret bancaire ne sera pas remis en cause pour rechercher les avoirs des victimes des persécutions nazies. De plus, dès 1958 aux Etats-Unis, puis à partir des années 1960 en Suisse, les milieux financiers vont propager la légende d’une origine antinazie de la loi fédérale de 1934 sur les banques qui aurait été introduite pour protéger les biens des Juifs allemands menacés par Hitler et ses sbires. Ce mythe largement diffusé et profondément instillé ne repose pas sur des faits historiques. Le renforcement du secret bancaire qui devient une norme pénale en 1934 est motivé par la protection contre les administrations qui luttent contre l’évasion et la fraude fiscales, notamment en France. De plus, la crise bancaire des années 1930 a amené à la création de la Commission fédérale des banques. Malgré les compétences très limitées de celle-ci, les milieux financiers redoutaient qu’elle obtienne des informations sur les comptes bancaires. Cette vision mythifiée de l’origine du secret bancaire, présenté comme antinazie et philosémite, a empêché de comprendre pour quelles raisons les victimes des nazis et leurs descendants ont rencontré d’énormes obstacles pour récupérer leurs biens. En multipliant les barrières, les milieux bancaires ont notamment refusé de répondre à des demandes qui n’étaient pas basées sur des documents d’avant-guerre ou sur des certificats d’état-civil pour attester les décès dans les camps d’extermination.

Au cours des années 1990, les informations et les témoignages se sont multipliés, ce qui fit apparaître des cas scandaleux. L’image d’une Suisse humanitaire et favorable aux Juifs a été très gravement écornée et fustigée. Après avoir minimisé les problèmes, les milieux dirigeants prennent conscience des lacunes des connaissances et décident de créer la Commission indépendante d’experts Suisse Seconde Guerre mondiale (CIE), «chargée d’examiner sous l’angle historique et juridique l’étendue et le sort des biens placés en Suisse avant, pendant et immédiatement après la Seconde Guerre mondiale.» (www.uek.ch). Le Parlement décide que, pendant les cinq années de recherches, le secret bancaire ne peut être un obstacle à la consultation des archives par les membres et collaborateurs de la Commission. Après la décision unanime du Parlement, le gouvernement nomme le 19 décembre 1996 les neuf membres de la Commission et lui donne un mandat avec plus d’une vingtaine de problèmes à analyser.

LES ANALYSES DE LA COMMISSION BERGIER (CIE)

Dans le domaine économique et financier, l’accès aux archives auparavant fermées permet à la CIE de découvrir des informations inédites qui démontrent l’ampleur et la diversité des prestations aux belligérants fournies par les banques, les assurances et d’autres sociétés. La place financière suisse joue un rôle central sur le marché mondial. C’est par l’intermédiaire de la Suisse que la Reichsbank opère quatre cinquièmes de ses opérations internationales. Celle-ci a vendu entre 1940 et 1945 pour 101,2 millions de francs d’or à des banques commerciales, et pour 1231,1 millions à la Banque nationale (BNS). Parmi ces montants, 581 899 francs suisses (120 kg) correspondent à de l’or arraché aux victimes, fondu et dissimulé dans des lingots. Les autorités monétaires et politiques ne peuvent le savoir, même si elles disposent rapidement d’informations sur le pillage et les expropriations. Les acteurs économiques suisses savent utiliser des marges de manœuvre dans l’Europe sous la botte de l’Axe. Ils s’accommodent de cette situation qui implique une rupture dans la normalité, mais continuent de pratiquer des affaires selon les normes habituelles. Cette coopération avec l’Axe n’a pas été pourtant sans affecter le strict respect de la neutralité. Une neutralité qui remplit le discours officiel, qui légitime des actions parfois scabreuses ou des refus d’agir. Une maxime qui sert à tout. Mais qui connaît des entorses aux devoirs qu’impose le droit de la neutralité: les crédits publics pour exporter vers l’Axe (plus d’un milliard de francs suisses), des livraisons de matériel fédéral de guerre, l’insuffisance du contrôle exercé sur le trafic ferroviaire entre l’Allemagne et l’Italie en sont les exemples les plus patents.

Des biens pillés en Europe ont été négociés en Suisse, ce qui convenait au IIIe Reich assoiffé de devises. Les analyses de la CIE ont porté sur l’or, sur les papiers-valeurs et sur les objets d’art. Dans ce domaine, elle a distingué le Raubgut (les biens pillés par les nazis et leurs complices) et le Fluchtgut (des objets vendus par des victimes des persécutions qui ont pu ainsi préservé une partie de leurs biens). Elle a ainsi indiqué la complexité des transactions opérées à l’époque du national-socialisme.
En ce qui concerne les attitudes suisses face aux réfugiés, la CIE pouvait se baser sur des études pionnières (Arlettaz 1998). Elle a approfondi les analyses sur l’antisémitisme helvétique, sans commune mesure avec l’antisémitisme exterminateur des nazis, mais à la base de discriminations comme le tampon ‘J’ convenu avec le IIIe Reich en 1938. En acceptant ainsi les distinctions entre «aryens» et «non-aryens» selon les lois de Nuremberg, les autorités ont intégré dans la législation suisse des normes racistes. En prolongeant les travaux de Daniel Bourgeois, la CIE a cité le constat publié en 1995 par André Lasserre qui considère cet accord comme une «capitulation morale». La CIE a aussi montré les contradictions et les drames provoqués par la fermeture de la frontière en 1942. Alors que les informations sur les violences extrêmes circulent en Suisse, les autorités n’accordent pas de droit à l’asile aux fugitifs les plus menacés. Il faudra attendre les derniers mois de la guerre, pour que les portes s’entrouvrent grâce à un «rattrapage humanitaire» selon la formule de l’historien Jean-Claude Favez. Les fugitifs sont d’abord acceptés avec réticences (45 en 1939, 47 en 1940, 120 en 1941, 8 436 en 1942), puis leur nombre augmente. Finalement, on peut dire que la Suisse a admis plus de 53 000 réfugiés civils pendant la guerre. Par ailleurs, en prenant en compte les 7000 à 8000 émigrants, en majorité juifs, qui séjournaient déjà en Suisse au début des hostilités, ainsi que les quelques rares réfugiés politiques, la Commission affirme que, sur toute la durée du conflit, la Suisse a offert un abri sûr, pour une période allant de quelques semaines à plusieurs années, à quelque 60 000 civils, et qu’elle leur a ainsi permis d’échapper à la persécution du régime national-socialiste. Un peu moins de la moitié de ces gens étaient juifs. Pour que la statistique soit exhaustive, il faudrait aussi compter les militaires israélites, notamment polonais, internés conformément au statut de neutralité. Mais il est impossible de donner des chiffres sur ces militaires.

Il est encore plus difficile de déterminer le nombre de personnes refoulées. Les recherches assidues de ces dernières années montrent que l’on doit admettre que près de 24 500 refoulements ont été opérés à la frontière pendant la guerre. Des fugitifs (juifs ou non-juifs) ont toutefois tenté de franchir la frontière à deux ou à plusieurs reprises, et certains ont fini par être admis. On doit dès lors supposer qu’une même personne peut apparaître plusieurs fois dans les statistiques de refoulement et figurer ainsi parmi les personnes admises. Enfin, il est certain que les refoulements n’ont pas été tous enregistrés. Dès lors, la CIE estime que, pendant la guerre, un peu plus de 20 000 fugitifs ont été refoulés, soit directement à la frontière soit après leur entrée clandestine dans le pays. De plus, de 1938 jusqu’à novembre 1944, les représentations suisses à l’étranger ont rejeté quelque 14 500 demandes de visa déposées par des personnes désireuses de se réfugier en Suisse. Nul ne sait combien de ces personnes ont tout de même tenté de fuir vers la Suisse, ni combien figurent dans les statistiques des réfugiés admis ou des fugitifs refoulés. Enfin, il est impossible de déterminer la religion des personnes refoulées.

En 2002, Jean-François Bergier a résumé les résultats des recherches sur la politique d’asile:

«Comme d’autres historiens avant nous, nous avons dû constater que cette politique fut excessivement restrictive, et qu’elle le fut inutilement. L’incertitude qui règne sur les chiffres et les spéculations auxquelles cette incertitude conduit n’y changent rien: un grand nombre de gens menacés dans leur vie furent refoulés, sans nécessité; d’autres furent accueillis, mais leur dignité humaine ne fut pas toujours respectée. Le courage de quelques citoyens et leur esprit de justice, l’engagement généreux de larges cercles de la population sont venus tempérer la politique officielle. Mais ils n’ont pu l’infléchir. Les autorités savaient pourtant le sort réservé aux victimes. Elles savaient aussi qu’une attitude plus flexible et généreuse n’eût pas entraîné de conséquences insupportables, ni pour la souveraineté du pays, ni pour le niveau de vie, fût-il précaire, de ses habitants» (www.uek.ch).

TROIS REPROCHES: TÉMOINS, COMPARAISON INTERNATIONALE, STATISTIQUES SUR LES REFOULEMENTS

Les analyses de la CIE tranchent avec les discours sécurisants et euphorisants diffusés en Suisse et dans le monde depuis 1945. La publication de ses rapports a provoqué des réactions dont une récapitulation est intitulée «Pour en finir avec le rapport Bergier» (Bridel 2009). Le site «Lesobservateurs.ch» met en ligne de nombreux textes pour dénoncer «le déviationnisme coupable de la Commission Bergier», dont le rapport «mérite d’être jeté dans les oubliettes». On peut aussi y lire que «la commission Bergier n’a pas travaillé.». D’autres personnes reprochent à la CIE d’avoir diffusé une «image négative» ou une «vision noire» de la Suisse, voire d’avoir «sali» la Confédération. Il est notamment reproché à la CIE de ne pas avoir tenu compte des souvenirs des témoins contemporains de la guerre, de ne pas avoir comparé la Suisse avec les autres pays, d’avoir exagéré le nombre des refoulements de personnes juives.

Fondée en 1997, l’association Histoire vécue regroupe des personnes nées avant 1939 qui s’opposent aux analyses historiques les plus récentes. Ses statuts indiquent ses buts principaux: «promouvoir le renom de la Suisse, tant dans le pays qu’à l’étranger, en entreprenant et soutenant des actions propres à corriger toute présentation déformée de son histoire; faire connaître et respecter le vécu personnel des témoins de l’époque, […] combattre le sentiment d’insécurité de la population et renforcer sa confiance en elle-même et envers la Suisse.» Soutenue notamment par les milieux dirigés par Christoph Blocher, Histoire vécue a publié des études et a réagi par des communiqués de presse contestant les résultats des recherches de la CIE. Elle occulte notamment le fait que d’autres témoins, y compris des membres de la CIE comme Saul Friedländer et Wladyslaw Bartoszewski qui ont survécu aux extrêmes violences du nazisme, ont vécu la Seconde Guerre mondiale en Europe. Le fait que l’ouverture des archives privées et d’autres dossiers qui échappaient à la connaissance de l’immense majorité de la population suisse pendant la guerre ait permis aux historiens de dévoiler des problèmes occultés est négligé et dénigré au profit d’une entreprise d’affirmation identitaire et nationaliste.

En réaction aux analyses qui démontrent les drames provoqués par la politique restrictive des autorités suisses, certains ont reproché à la CIE de ne pas avoir comparé la Suisse avec d’autres pays. En fait, la lecture attentive des rapports de la CIE montre qu’elle a critiqué l’hypocrisie des démocraties occidentales qui fermèrent leurs portes aux réfugiés en 1938 et tardèrent à prendre les mesures nécessaires pour s’opposer à l’extermination des Juifs. Des pays neutres comme la Suède ont fait preuve d’opportunisme et d’accommodation face à l’Axe, puis aux Alliés. En fait, les comparaisons internationales se heurtent à des limites, car les conditions géographiques, politiques et économiques sont si différentes d’un pays à l’autre que des jugements ne peuvent guère être formulés. On peut aussi faire une analogie avec les positions de l’historien Ernst Nolte: en considérant la Shoah comme une réaction au Goulag, il tenta d’atténuer les responsabilités et les crimes des nazis, ce qui déclencha la «querelle des historiens»: en 1986, Jürgen Habermas dénonça les «tendances apologétiques» d’auteurs allemands qui relativisaient l’ampleur et la gravité des crimes nazis (Solchany 2010, 1110-1111).

Sans examiner ni même discuter les analyses de la CIE sur la politique restrictive et l’antisémitisme discret des autorités suisses, des adversaires de la CIE lui reprochent de ne pas avoir dressé de statistiques précises sur les Juifs refoulés de 1939 à 1945 et d’avoir exagéré le nombre des refoulements. En fait, les personnes qui connaissent les archives et l’histoire de la Suisse savent que les lacunes documentaires, les destructions de documents, les différences fondamentales entre les pratiques exterminatrices et les comportements des autorités suisses, l’absence de renseignements fiables et exhaustifs sur les personnes refoulées, la difficulté essentielle à déterminer quelles sont les personnes juives (selon quels critères?) empêchent de dresser les statistiques exigées par des adversaires de la CIE. Par analogie à ce qu’a écrit Bédarida dans un autre contexte, on peut remarquer que les procédés de ceux-ci consistent à récuser en bloc l’ensemble des rapports de la CIE en pointant un doigt accusateur, en arguant sur une supposée lacune ou une prétendue exagération. Très présents dans les médias depuis 1999, ces adversaires de la CIE n’ont toujours pas publié les statistiques précises qu’ils annoncent depuis des années. En 2013, un colloque organisé par la Société suisse d’histoire a permis de démontrer la rigueur et la prudence scientifiques de la CIE. Mais les problèmes ne sont pas seulement historiographiques. En 2009, l’homme d’affaires influent dans les medias, Tito Tettamenti déplore la «crise des élites au sommet du pays». Dans la Weltwoche, il écrit notamment: «Notre pays traverse une crise d’image, persistante et tenace, qui date du débat sur l’affaire des fonds juifs. Naïvement, nous avons cru retrouver notre innocence en nous auto-flagellant au plan international avec un rapport Bergier plus cité que lu.» (traduction publié dans Le Temps, 17.4.2009). La virulence des attaques contre la CIE est aussi une affirmation identitaire, une posture conservatrice et nationaliste.

LES ANALYSES AU DÉBUT DU XXIe SIÈCLE

Loin des fracas médiatiques, des travaux qui complètent et approfondissent les publications de la CIE (dont les membres ont continué de travailler et de publier après 2002) ont été édités depuis une quinzaine d’années (Perrenoud 2015): non seulement des auteurs aussi éminents que Saul Friedländer ont rédigé des ouvrages remarquables, mais des historiens qui n’ont pas travaillé avec la CIE reconnaissent l’importance durable de ses solides analyses. Comme l’écrit en 2010 le professeur Claude Hauser, dans sa préface à la thèse de doctorat de Christian Favre sur la frontière franco-suisse: «Il existe une ligne de démarcation claire dans l’historiographie de la Suisse face à la Seconde Guerre mondiale, soit un ‘avant’ et un ‘après’ la publication, en 2002, du Rapport final de la Commission indépendante d’experts Suisse-Seconde Guerre mondiale. La remise en cause du passé helvétique durant la période du nazisme qu’a consacré le Rapport Bergier a en effet permis de définitivement tourner la page sur la vision mythifiée de cette histoire, construite et entretenue avec force moyens politiques et effets de propagande de l’immédiat après-guerre au dernier quart du XXe siècle» (Hauser 2010, 11).

Certes, de multiples et différentes publications s’ajoutent aux études publiées avant la parution des rapports de la CIE. Il est évident que ces travaux contribuent à élargir et à approfondir les connaissances historiques. Toutefois, comme auparavant, il faut constater une grande différence entre les informations connues par les personnes intéressées par l’histoire et celles qui circulent dans un public plus large. Par exemple, le fait que des informations sur l’extermination des Juifs par les nazis soient parvenues en Suisse dès 1942 est attesté par de solides études historiques depuis longtemps. Mais ce fait reste méconnu de nombreux journalistes et donc d’une grande partie de la population. En 2013, un contexte politique particulier a amené certains à considérer comme des «scoops» des documents connus de longue date et cités dans les rapports de la CIE (Perrenoud et Zala, 2013). Alors que les résultats des recherches sont souvent méconnus et oubliés, les mythes ont la vie dure…

Il s’agit à la fois de multiplier les analyses sur l’histoire et de réfléchir sur le passé et le présent (Caloz-Tschopp 2003, 77-84).

 

BIBLIOGRAPHIE
Sites Internet :
Commission indépendante d’experts Suisse – Seconde Guerre mondiale («Commission Bergier»), www.uek.ch:
- Rapport intermédiaire sur les réfugiés, 1999
- Rapport final «La Suisse, le national-socialisme et la Seconde Guerre mondiale», 2002
Documents diplomatiques suisses (www.dodis.ch:), notamment deux dossiers électroniques:
– http://www.dodis.ch/fr/dossiers-thematiques/dossier-la-suisse-les-persecutions-nazies-et-la-shoah:
– http://www.dodis.ch/fr/dossiers-thematiques/e-dossier-les-70-ans-de-la-fin-de-la-guerre-en-europe

 

Publications:
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Bédarida, François. 2003. Histoire, critique et responsabilité, Paris: Complexe.
Bridel, Frank. 2009. Pour en finir avec le rapport Bergier. Genève: Éditions Slatkine.
Caloz-Tschopp, Marie-Claire. «L’histoire, la mémoire et le présent de la solidarité. Des ombres derrière le rapport Bergier et sur la scène d’aujourd’hui.» In L’autre Suisse : 1933-1945. Syndicalistes, socialistes, communistes: solidarité avec les réfugiés, sous la direction de Marc Vuilleumier et Charles Heimberg, 77-84. Genève: Université ouvrière de Genève, 2003.
Favre, Christian, et Claude Hauser. 2010. Une frontière entre la guerre et la paix: les échanges au quotidien autour de l’Arc jurassien (1937-1945). Neuchâtel: Alphil.
Gagnebin, Jeanne Marie. 2013. «“Enterrer les morts”. La tâche de l’historien selon Paul Ricoeur et Walter Benjamin.» In Paul Ricoeur: penser la mémoire, sous la direction de François Dosse et Catherine Goldenstein, 149-164. Paris: Seuil.
Ginzburg, Carlo. 2014. «Calvino, Levi et la zone grise» In Primo Levi. La zone grise. Entretien avec Anna Bravo et Federico Cereja, 9-26. Paris: Payot.
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Mesnard, Philippe. 2010. «Primo Levi, cheminement vers la zone grise», in La zone grise entre accommodement et collaboration, sous la direction de Philippe Mesnard et Yannis Thanassekos, 21-48. Paris: Kimé.
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Perrenoud, Marc. 2011. Banquiers et diplomates suisses (1938-1946). Lausanne: Antipodes.
Perrenoud, Marc et Sacha Zala. 2013. «“Rien de plus inconnu que le connu? ”. Remarques sur les échos médiatiques de quelques images tirées d’un dossier électronique des Documents diplomatiques suisses sur la Shoah», Le cartable de Clio 13, 117–122.
Perrenoud, Marc. 2015. «La Suisse, les Suisses, la neutralité et le IIIe Reich (1941-1945).» In Revue d’histoire de la Shoah 203 (2015): 51-86.
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Traverso, Enzo. 2011. L’histoire comme champ de bataille. Interpréter les violences du XXe siècle. Paris: La Découverte.
Vuilleumier, Marc et Charles Heimberg (eds), L’autre Suisse: 1933-1945. Syndicalistes, socialistes, communistes: solidarité avec les réfugiés. Genève: Université ouvrière de Genève, 2003.
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NOTE
[1] Dans cet article de 2009, je cite des textes et des références qu’il est inutile de répéter ici. Une version remaniée et complétée a été publiée en anglais et se trouve en ligne (Perrenoud 2010).

 


(RE)PENSER L’EXIL N°6/7 > SUISSE BLANCHE, «VISION NOIRE» OU «ZONE GRISE»? L’AMBIGUÏTÉ DANS LES DÉBATS SUR L’HISTOIRE DE LA SUISSE PENDANT LA SECONDE GUERRE MONDIALE, Dr. Marc PERRENOUD, historien, docteur ès lettres, ancien Conseiller scientifique de la Commission indépendante d’experts Suisse-Seconde Guerre mondiale

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